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dimanche 15 novembre 2015

art et politique : la soif de récit commun



L’actualité réserve des surprises. En Juillet, au coeur du festival d’Avignon, afin d’accompagner notre “coopérative”, nous avions proposé, à Pierre Zarka une rencontre autour du thème “Art et Politique” dont le texte ci-après retrace l’intervention. La Grèce, patrie de la philosophie et du théâtre, tentait, au même instant, de rester debout face à des voyous à cravates.

Pour écrire un spectacle, nous cherchons les bons mots pour dire le monde, sa complexité et ce qu’il recèle de possibles. Nos récits cherchent un récit plus large. Nous partons à la recherche de la vérité déjà-là mais non encore visible. Nous ne sommes pas une avant-garde éclairée mais plutôt comme un membre de la famille qui se serait spécialisé dans la poélitique.

Le rapport au réel semble un passage courant de la création mais les artistes sont comme le reste de la société, leur désir de “social” ne fait pas une visée. L’art a besoin de politique pour trouver un souffle radical et d’aujourd’hui. L’art doit fuir le rentable, l’efficace, le beau pour le beau. L’art doit fuir le consensus de la bien-pensance et la rhétorique du renoncement.

L’art a aussi besoin de faire politique en dehors des temps artistiques. De nombreuses constructions alternatives existent qui questionnent l’économie de la culture, le rapport au pouvoir, au territoire, la place du public dans la construction des créations. Ces utopies en marche restent pourtant minoritaires. Le monde culturel fonctionne comme un marché et se gargarise de discours sur sa “mission de service public”. Il défend “notre part d’humanité” mais reproduit des méthodes de gestion du personnel digne des plus grandes multinationales. Il radote “démocratisation de l’accès à la culture” mais fonctionne en castes hermétiques. La refondation de ses pratiques autour, notamment, des valeurs portées par l’économie sociale semble une urgence politique.

Mais la politique a aussi besoin d’art. Elle a besoin (nous avons besoin) de co-écrire un contre récit. La politique radicale (vous savez celle qui prend les choses à la racine...) doit se ressourcer à la bouleversante source de la créativité. Elle doit douter de ses mots et inventer des formes, des images qui raconte un non-dit collectif : notre futur.

L’épisode des chemises ôtées aux dirigeants d’Air France a fait irruption dans le récit médiatique permanent. Ceux qui ont condamné à la vitesse d’un avion de ligne ces actes de “violence” n’ont pas sentis que la colère sourde peut trouver de la force dans ces images. Pour beaucoup de monde un “encravaté” est devenu un ennemi de classe. Le choix des formes de luttes est un vaste débat. C’est aussi un débat culturel et nous devons le mener. Le récit quotidien de la saine gestion des affaires, de la lutte contre le déficit, de la “seule solution possible” est écrit comme on rédige un conte, un spectacle. Cette mauvaise pièce est celle qui fait tenir debout ce système château de carte.

Et comme l’actualité réserve des surprises, nous avons découvert un bout du château de carte avec les images de l’Elysée tournée pour un documentaire où l’on découvre Manuel Valls et François Hollande accueillant la nouvelle ministre de la Culture. La scène pourrait être comique si ce n’était pas un drame. On y conseille à Fleur Pellerin d’aller voir Jack (Lang) car “il faut des idées” et il en a. Il faut aussi se “taper” du théâtre tous les soirs et dire aux artistes qui “veulent être aimés” que c’est “beau” que c’est “bien” etc… Le pathétique de la situation dévoile comme jamais une chute dans un vide de sens sans nom. L’art et la politique sont comme des marionnettes dans un jeu médiatique et électoral où les idées et les soirées au théâtre sont des pions à faire avancer pour vaincre et convaincre.



On comprend mieux au visionnage de cette vidéo la récente loi sur la création artistique qui semble s’arrêter à la gestion des affaires courantes. On comprend mieux le silence de nos élites face à la disparition de festivals, face à la fermeture de lieux. La politique et l’art ne mérite pas ce moment historique où l’on semble danser au bord du gouffre. Les peurs, les racismes, les guerres, le recul de la chose publique, tout cela est nié… encore une dernière danse madame la ministre?

Laurent Eyraud-Chaume


lundi 25 mai 2015

Cannes, épicentre des extrêmes


Soirées VIP, acteurs bankables, entertainment tout puissant, obscénité de l'argent coulant à flot : à Cannes, semble-t-il, seul le tapis est rouge.
Le cinéma est une industrie du divertissement et de l'imaginaire. Le long glissement vers une domination sans faille des producteurs sur les réalisateurs se conforte chaque année. Cette emprise a un impact certain sur les contenus, sur le dénouement des histoires et les thèmes des productions. Cet empire est politique dans sa fondation même. L'imaginaire est l'espace par essence de la lutte des classes. Les films catastrophes, guerriers ou de science fiction suscitent un sentiment d'instabilité permanente, un désir d'ordre et de sécurité. Le récit de la vie des stars cloue l'émancipation sur le mur des "génies" purs et de vies intimes à convoiter...
La France a cette curieuse exception d'être au cœur de cet empire sans être jamais sous sa totale emprise. La fondation du festival de Cannes doit beaucoup à la CGT et au PCF. Le CNC, l'intermittence et les multiples mécanismes de solidarité maintiennent une production indépendante et puissante. Sa diffusion, qui profite de la caisse de résonance du festival, est ample et structurée. Les films français, ou co-produits par des fonds français, sont souvent un antidote sensible à la machine hollywoodienne. Les réalisateurs de ce cinéma indépendant ne limitent pas leur champ de création et, chaque année, ils sont nombreux à investir des sujets sociaux ou politiques. À Cannes, il y a la terre entière, le récit de notre monde qui tombe et des mots qui aident à vivre debout.
Le cinéma et tous les arts vivants sont comme les conteurs de notre mondialité. Ils nous aident à donner sens à cette complexité sans fin, de l'intime et du commun. Cannes pourrait redevenir cet espace de dialogue poélitique mondial si strass et paillettes, argent et médiocrité cessaient de dominer les flux médiatiques. Redonnons la parole aux créateurs, provoquons des rencontres entre artistes, militants, intellectuels... L'art est un fait social. L'imaginaire a sa place dans la construction du réel.
Au cœur de ces enjeux, qu'apportent les déclarations de Manuel Valls ? S'il est effectivement grand temps de ré-augmenter le budget de la culture, où sont les priorités politiques : développement des marchés ou émancipation humaine ? Alors que partout en France, festivals et théâtres paient le prix fort des baisses de dotation aux collectivités, qui croira qu'une campagne de communication cannoise suffit à inverser la courbe de cette disparition lente d'une exception culturelle enviée dans le monde entier ?


lundi 20 avril 2015

Le mouvement et l'alternative(

(éditorial de cerises du 3 avril 2015)

Quand on s'intéresse avec un peu d'espoir et d'enthousiasme aux expériences des gauches sud-américaines, à Syriza en Grèce, on constate que le mouvement ne vient pas de la création d'un nouveau "parti" ou d'une "coalition élargie", mais bien de l'inverse. C'est le mouvement qui, à un moment, invente sa structure.

J'ai eu la chance de vivre le scrutin départemental dans un petit pays (Veynes, 05) où, pas à pas, les mailles de la solidarité, de l'action et de l'alternative se retissent. Notre candidature tirait sa force en partie d'une union d'organisations (FdG/EELV), mais surtout d'une légitimité locale du groupe de citoyens (avec ou sans carte) qui portaient cette campagne. Nous sentons à chaque scrutin, de manière assez subjective, que nous sommes au cœur d'une démarche neuve qui prend corps avec nous et qui nous dépasse. Dans nos 21,5 %, il y a un peu de connivence de "classe", une bonne dose de "reconnaissance" de nos multiples engagements de terrain mais aussi un métissage "culturel" autour de la cohérence d'une idée.
La gauche a énormément souffert de sa professionnalisation et des murs qui semblent infranchissables entre le social, le syndical et le politique. Et si elle n'est pas patiemment démontée, la représentation médiatique de ce constat est un facteur aggravant sur le terrain. Pour changer la vision du réel, contre le storytelling des pouvoirs en place, il faut d'abord agir sur le réel, s'y ancrer. Nous sommes arrivés au bout d'un processus qui multiplie les incantations pour transformer le réel. Les abstentionnistes nous disent à leur façon que la comédie a assez duré. Ce sont les luttes, les résistances, les alternatives écologiques, sociales et artistiques qui font mouvement pour transformer la réalité. Ce mouvement peut être candidat à des élections (et si possible les gagner) mais celles-ci doivent rester une part d'une démarche globale. Nous sommes au début, mais nous sommes nombreux à oeuvrer.
À entendre les discours de dirigeants du Front de Gauche, on se demande parfois où réside leur rapport au réel. Entre les 2 tours, le PCF mène campagne pour battre la droite en votant PS presque comme si de rien n'était. Le soir du 2e tour, Jean-Luc Mélenchon lance un appel solennel (et légitime) à "une nouvelle alliance populaire", transformant même, 2 jours après sur RTL, cette proposition en « condition pour qu'(il) continue le combat ». Outre la personnalisation du propos, il ne fait quasiment aucune référence aux rassemblements déjà à l'oeuvre sur les territoires.
Expérimentons localement des convergences militantes, citoyennes pour faire émerger un mouvement global. Rendez-vous le 11 avril avec les Chantiers d'espoir ?

dimanche 6 juillet 2014

Du courage qu’il nous faut... du temps qu’il nous reste.



Passé la course effrénée et joyeuse du quotidien, d’un goûter d’anniversaire aux courses, d’une lessive à un repas de famille, la vie est ainsi faite qu’il faut choisir sans cesse. Est-ce la maladie du siècle de ne pas souhaiter se décider ou la dialectique de la vie qu’il faut savoir dompter ? Je trouve les montres cruelles et les agendas tout autant. 

Je ne suis que peu impliqué dans le combat que mènent les artistes et les techniciens. Leur juste lutte montre avec panache l’urgence d’un horizon d’après le salariat et la centralité pour nos vies des arts et de la culture (j’y reviendrai sans doute dans un prochain numéro.) A l’inverse de 2003, je n’ai pas organisé d’actions coup de poing ni passé des heures de discussions pour convaincre des amis. Pourtant ce combat-là est bien la suite de celui de 2003. Les choses ont pourtant changé dans le pays et les ressorts de chaque implication ont quelque chose de caché, d’intime et de pourtant bien collectif. 

J’ai tenté à ma manière de mener un combat sur le terrain que les gens appellent la “politique”. Les élections municipales m’ont passionnées. Elles mêlent l’agir en commun, la transformation du réel et la difficulté à ramener aux enjeux généraux. Cette élection et celle qui a suivi m’ont laissé dans une grande colère contre le pouvoir en place, contre ce qu’il fait de la “gauche”, une grande lassitude aussi face à nos incapacités chroniques à faire simplement mouvement. 

En filigrane, nous avons construit un spectacle autour des coopératives. Durant des semaines nous avons cherché le mot juste, l’histoire simple pour dire le quotidien dans un entreprise. Nous avons tenté de faire naître un désir, une réflexion, sans apporter de solutions clefs en mains. Nous essayons d’être de ce monde là pour oeuvrer à sa transformation, un basculement sensible vers le futur. Voilà pourquoi nous avons créé cette Coopérative, pour être avec des milliers d’autres sur un chemin. 

Et chaque jour, à chaque rencontre, dans chaque article lu, cette détresse, ce glissement : comment finir le mois ? comment organiser les études du dernier ? comment tenir avec ce patron et tenter d’avoir une retraite décente ? comment organiser les gardes ? lutter contre la maladie ? 

Et cette peste immonde, cette peur du voisin qui ne se cache plus... comment choisir ces combats ? Comment choisir ? 

Nous jouerons notre spectacle à Avignon. D’abord parce que faire grève contre nous-même n’a pas grand sens. Ce serait même un peu suicidaire pour notre petite entreprise. J’incline aussi à penser qu’il est grand temps de passer aux solutions et que notre conte d’aujourd’hui est écrit pour demain. 

Ce qui effraie Valls, Juncker, Merkel et compagnie, c’est quand nous rêvons à voix haute d’un futur sans eux. La subversion révolutionnaire n’est pas dans la révolution mais dans le but qu’elle se fixe. Il n’y a d’ailleurs pas de révolution sans but. Aujourd’hui, il faut lutter pour se défendre mais il faut aussi que nous parlions du futur. Parlons revenu universel, conquête de nouveau “communs”, gratuité, coopératives, sobriété joyeuse, démocratie active… Pour celà il faudra bien une ou deux révolutions, reprendre la main sur nos vies et nos entreprises, faire vivre dès à présent des foyers de futur, les défendre, les valoriser, les questionner… 

Les luttes de juin amènent celles de juillet et ainsi de suite...oeuvrons à les unir afin que quand demain nous choisirons nos combats, il n’y aura plus de doute : celui-ci est un bout des autres ! 

* Laurent Eyraud-Chaume.

vendredi 13 juin 2014

Créer

À rebrousse poil des destinées
un matin, prendre un chemin
le trouver beau et escarpé
créer

prendre les mots
comme un sac de billes
au début, ne pas trop réfléchir
laisser aller le plaisir

prendre les rires
comme un carburant
cabotiner et recommencer
respirer en public

À rebrousse poil des destinées
grimper, descendre, se reposer
une draille sans fin
créer

prendre les silences
comme on offre un échange
ciseler les mots
pour ne pas se tromper

prendre les souvenirs,
les siens et ceux du voisin
ne pas gommer les endroits où ça frotte
ne pas oublier les rires du quotidien

À rebrousse poil des destinées
marcher semble parfois inutile
et pourtant...
créer

prendre les colères, les révoltes
comme un outil pour déplacer la terre
écouter le futur caché dans le présent
entre les rythmes stupides des pulsations modernes

prendre les rêves enfouis
les visibles aussi
les faire chanter
comme une semaine de 4 jeudis

À rebrousse poil des destinées
pas rentable, pas vendable
pas prévu au programme
créer

au bord de premières inattendues
comme un enfant
je joue

dimanche 18 mai 2014

Les européennes sont un scrutin local !


C’est devenu comme une course folle, un monologue du renoncement : réformer la France, la faire entrer dans le 3e millénaire, lutter contre les archaïsmes ; il faut dire la vérité aux Français ; les Français ne comprennent plus leurs institutions, nos collectivités ne sont pas adaptées au siècle qui s’ouvre…

Comme le reste de sa politique, le projet territorial de Manuel Valls me fait d’abord l’effet d'être celui d’un homme de droite infiltré pour faire sombrer la “gauche”. Il pousse au suicide une "élite" aveuglée par les jeux de pouvoir et les éléments de langage. Pourtant, le projet est trop "énorme" pour être une pure folie. Si le gouvernement décide de se couper ouvertement du pays et d’une partie de ses élus locaux, c’est qu’il défend des intérêts, des intérêts de classe. La disparition des départements, de la moitié des régions, la baisse de 11 milliards des dotations aux collectivités sont un seul et même projet politique : construire des territoires à l’échelle de la compétition européenne et mondiale.

Vu de mon département alpin, ce passage en force semble pour beaucoup une stratégie politicienne, un nouveau chapitre d’une lutte “fratricide” entre les élus locaux et les élus des appareils. L’échelon départemental et son mode de scrutin “cantonal” a vu émerger des barons locaux qui ne pouvaient être élus sans une proximité/osmose avec un territoire. Les conseils régionaux sont des lieux de combat d’appareils et ne laissent que peu de place au local.
Les visées de la réforme sont pourtant bien plus grandes. Depuis des années, celui qui cherche des financements européens l’aura bien observé : l’Europe est construite sur la concurrence des territoires. Manuel Valls lance cette réforme structurelle pour répondre aux attentes de la “Commission”. La disparition des départements et de la moitié des régions répond à un double objectif : la baisse des “coûts” et l’adaptation des collectivités aux “territoires” du marché.
Cette réforme ne tombe pas du ciel et rien n’est improvisé. Elle est aussi le fruit d’un long travail de “communication” sur les “mille-feuilles” et la “désorganisation”. Le gouvernement risque pourtant de tomber sur un os. Depuis ces annonces, des élus de tout bord s’insurgent et des appels au référendum sont souvent lancés. Un pays est d’abord une construction culturelle. Les échelons des collectivités sont autant d’espaces de luttes et de consensus politiques. Ils sont le fruit d’une longue maturation dans les profondeurs de ce qui fonde un pays. Bien entendu, la vie elle-même pousse à de nouvelles inventions et il faudra trouver les formes adaptées à ce que nous voulons construire ensemble et aujourd’hui. Les nouvelles technologies, les transports, la rapidité de circulation de l’information, la transition énergétique sont autant de nouveautés qui appellent à de nouveaux territoires. Rien de neuf ne peut pourtant venir sans projet de société et sans une place centrale pour l’action citoyenne. L’Europe doit être un de ces nouveaux territoires, un espace où l’on pourrait inventer une politique environnementale et énergétique commune, un espace pour inventer une force de paix, un lieu pour réguler les flux économiques et inventer des solidarités nouvelles. L’Europe doit être un outil pour irriguer des territoires, urbains ou ruraux, créateurs d’alternatives concrètes, citoyennes et solidaires. L’Europe doit soutenir des projets de territoire avant de soutenir des échelles de collectivités, des complémentarités et non des concurrences. Dans ce cadre, qui peut trancher, sans débat, pour un avenir sans département et avec d’immenses régions ? qui ? à part ceux qui ont un intérêt à ce grand big bang ?
Le 25 mai est aussi un scrutin local !

vendredi 4 avril 2014

Le tour du Verdon, d'un tour à l'autre...


J'ai eu la chance de raconter l'Héritage chez l'habitant pour une tournée du Verdon du 20 au 30 mars. C'est une expérience humaine hors norme. Dans ce bout de France, on croise la terre entière : des profs amoureux des mots dits, des paysans qui libèrent leur salon après avoir "fait" le cochon, des militants de terrain, des voyageurs, des jeunes en quête de futurs, des moins jeunes qui décident de s'impliquer pour la première fois aux municipales... Après chaque représentation, on mange ensemble. Certains dans l'urgence ont commandé des pizzas, d'autres arrivent avec des cagettes de fromages de chèvre, des quiches de toutes sortes, des chips, du saucisson... et des bouteilles de rouge ! C'est le  plancher des chèvres" ( http://leplancherdeschevres.fr/ ) qui nous accueille, une association portée par des bénévoles et des salariés, portée surtout par un idéal simple : un art au cœur du monde.

La France des villages n'est pas triste ou renfermée. Elle est comme celle des villes : traversée de peurs et d'espoirs, de joies et de colères. Ce qui change ici, c'est simplement la proximité. Cette proximité est comme un outil pour ceux qui ne se contentent pas du monde tel qu'il est. Ici chaque acte a des conséquences tangibles. D'un village à l'autre, je découvre que chacun est au courant des enjeux des différentes communes, chacun a son avis sur la question. L'élection municipale est comme le révélateur de ce qui se joue ici au quotidien. Il y a une soif de politique. Comment maîtriser les flux touristiques ? Comment agir sur le prix du foncier ? Comment faire tomber les barons locaux qui mettent des caméras de vidéo-surveillance dans des rues souvent désertes ?

Chaque soir, je refais le monde avec des gens différents. L'hospitalité est aussi dans les dialogues et les récits. Il y a une grande conscience que ce monde est absurde, que la loi de l'argent roi devra cesser. Chacun cherche un chemin, parfois avec une naïveté touchante, parfois avec une conscience joyeuse. Le théâtre ouvre au dialogue, à la confidence... Il permet aussi, simplement, de sortir de chez soi (dans tous les sens du terme) et de rencontrer son voisin dans une autre situation.

Entre une quête de bonheurs simples et une action militante de tous les instants, beaucoup ne choisissent pas et n'imaginent pas vivre l'un sans l'autre... Je rêve d'un mouvement politique qui serait comme la ruralité engagée d'  aujourd'hui : ouvert sur le reste du monde et ancrée dans le quotidien. J'espère un mouvement de ceux qui refusent chaque matin de rentrer dans le   jeu morbide de la lutte de tous contre chacun, un mouvement qui transformerait une posture éthique en acte politique. Le théâtre par les villages me rassure sur le futur et m'invite à chercher mieux encore une radicalité au cœur du monde. Le chemin est long, mais vu d'ici, loin des jeux d'appareils et de la fièvre journalistique, il est aussi joyeux et calme. Comme si pas à pas un monde nouveau se réinventait. Il manque sans doute parfois de cohérence, d'articulation aux questions sociales du monde urbain, mais il est en marche et c'est un déjà-là précieux.

* Laurent Eyraud-Chaume


samedi 8 mars 2014

Intermittents du spectacle : un combat porteur d’alternatives !


(article paru dans cerises : http://www.cerisesenligne.fr/)
Jeudi 27 février, plus de 20 000 personnes se sont mobilisées à Paris et dans toute la France contre la tentative de coup de force du MEDEF. Une mobilisation vaste est en train de naître qui mêle artistes, techniciens mais aussi chômeurs et précaires. L’unanimité du secteur culturel permet d’installer un rapport de force qui semble favorable aux intermittents. Pourtant, la proposition du MEDEF (la suppression pure et simple des annexes 8 et 10) était articulée à un appel à l'État et semble avoir dès à présent ouvert un débat bien plus vaste. Pour certains (dont la CFDT), le régime des intermittents est une subvention cachée à la vie culturelle. L’argumentaire récurent de la ministre s'appuie d’ailleurs sur les annexes pour parler d’exception culturelle et de rentabilité générale de l’investissement public. Une des issues possibles de la négociation serait un maintien du dispositif mais à la charge de l'État. Les intermittents tiennent à rester dans la solidarité inter-professionnelle. Nous touchons ici à 2 questions qu’ouvre cette mobilisation. Le secteur culturel souffre d’un déficit de financements publics. La politique générale d’austérité aggrave cette situation et l’intermittence est souvent une réponse à un manque de subventions. Par ailleurs, les annexes 8 et 10 ont été inventées pour des situations d’emplois bien précises : la nécessité d’un secteur d’activité d’avoir recours à des CDD à répétition. Les annexes sont précisément là pour lutter contre la précarité “mécanique” du secteur.
Ce combat doit permettre d’ouvrir en grand ces 2 débats cruciaux pour notre vie commune :
- Comment maintenir des services publics forts et utiles dans cette stratégie folle d’austérité ? La culture est un exemple emblématique d’une saignée générale. Sur nos territoires, les collectivités se désengagent et font souvent le choix de sacrifier les petites structures pour sauver les grosses. De Sarkozy à Hollande, nous sommes arrivés à l’os. Le maintien d’une vie artistique riche ne peut s’accommoder ni de la baisse du budget de l’État ni des attaques contre les collectivités territoriales. - Les annexes 8 et 10 ne sont pas attaquées pour un déficit, très largement imaginaire. Le régime des intermittents du spectacle est menacé par le MEDEF car il est un contre exemple à la précarité qu’induit la course au CDD aujourd’hui généralisée. S’il ne peut être étendu à tous, il montre pourtant qu’en adaptant les mécanismes d’indemnisation du chômage aux situations réelles de l’emploi, nous pouvons changer de vision sur le marché du travail et permettre de transformer la précarité en sécurité. Ce conflit nous amène à réfléchir tous ensemble sur la place du travail dans nos vies et plus largement sur la quête de dignité humaine que doit permettre notre vie en société. Personne n’a de réponse clef en main, mais la souffrance au travail doit cesser, la détresse sociale doit cesser, l’accaparement des richesses par un petit nombre doit cesser.
Notre mouvement Ensemble !, le Front de gauche et tous les citoyens qui pensent qu’une alternative à gauche est souhaitable doivent être aux côtés des intermittents car leur combat est aussi une porte ouverte vers demain.
Le prochain rendez-vous de mobilisation est fixé au 13 mars.
* Laurent Eyraud-Chaume
Voir le reportage sur la manifestation à Paris 27/02/2014 ( http://www.youtube.com/watch?v=E0AwKF5T1-c)



samedi 25 janvier 2014

Dehors les mauvais comédiens !

Que celui qui joue le rôle du Président de gauche démissionne ! Il ne sait plus son texte et le public est lassé. Il se trompe de scénario. Dans l'acte I, il jouait celui qui bat le "méchant" sans cœur qui voulait nous faire travailler plus. Il jouait celui qui met dehors le Président des riches. Il devait au moins nous faire croire dans l'acte II qu'il se battait contre la finance... Et puis, patatras… il se trompe de texte ou de rôle. Et l'affreux méchant est de retour dans un autre costume. Le public ne comprend plus rien et menace de sortir avant l'acte final.

Que ceux qui jouent le rôle de l'Assemblée nationale démissionnent ! Oui, ils devaient incarner la grande scène de la "politique". Celle où l'on fait appel à l'intelligence des spectateurs... Ils devaient dire les mots de l'Histoire, être à la hauteur de leurs glorieux ancêtres ou au moins du beau décor, mais patatras... Ils disent "oui" avant que la question ne soit énoncée. Et quand ils essaient de dire les belles tirades... ça sonne faux ! Certaines scènes étant déjà coupées aux ordonnances, autant démissionner tout de suite, chers comédiens députés !

Que ceux qui jouent le rôle des journalistes cherchent un autre travail ! Ils devaient interpréter le sens de la vérité nue et le courage héroïque qu'elle entraîne. Une grande scène était prévue où l'on verrait l'unité d'une profession dévoiler les mécanismes des paradis et autres exils fiscaux ! Et patatras... les courageux n'ont pas les rôles titres et ceux qui tiennent les têtes d'affiches semblent être des comédiens de série B. Ils ne cessent de se tromper de pièce et rejouent pour la millième fois l'acte glauque où l'on découvre que les étrangers sont "différents" et que le Président a une histoire adultère. C'est du mauvais Feydeau !
Que ceux qui jouent le rôle des gentils élus locaux lâchent la rampe ! Les textes étaient écrits avec simplicité et au départ ils devaient jouer, avec désintéressement, des scènes presque improvisées. Ils étaient "proche des Français" et on devait le voir dans leurs costumes et l'entendre dans leurs mots. Mais patatras… ils ne cessent de tenter de voler la vedette à ceux qui interprètent l'Assemblée nationale et parfois même, ils jouent les 2 rôles. Ils s'achètent de beaux costumes et radotent un texte mal écrit qui parle d'eux et d'eux seuls ! Les Français sont bien loin de ces scènes poussiéreuses et comme ces mauvais acteurs préparent leur prochaine création à huis clos, sans l'avis des citoyens spectateurs, il y a fort à parier que peu viendront voir ce spectacle.
Cette mascarade ne fait plus rire. L'humour a des limites.

Nous devons être de bien mauvais auteurs, des metteurs en scène sans imagination. Il est grand temps de nous former ensemble à ce savoir-faire ancestral ! Nous devrions dès le mois de mars réécrire l'acte des élus locaux, en cherchant des interprètes de qualité. Les animateurs de troupes et les courageux partageux sont nombreux à sortir de l'école de la vie. Ensuite, nous réécrirons la suite de la pièce comme on réécrit l'Histoire. Nous jouerons notre rôle, humblement mais debout ! Il n'y a pas de second rôle. On change le scénario ?

(chronique d'abord parue dans l'hebdo Cerises http://www.cerisesenligne.fr/ )

samedi 14 décembre 2013

Ensemble, l'union des cachés et des invisibles ?


Les temps sont à la communication. Les lieux de créations artistiques et tous les projets qui s'y articulent n'y échappent pas. Les revues de presse semblent être devenues un gage de qualité pour toute création. Pour avoir une bonne revue de presse, il faut un attaché de presse. C'est un choix budgétaire fait souvent au détriment du budget artistique et pour les petites compagnies, c'est souvent un non-choix. Les artiste s'improvisent polyvalents et c'est encore le spectacle qui en pâtit. On communique donc quand on est gros et quand on fait le choix de la communication.

Si bien qu'il m'a fallu du temps pour découvrir tous les cachés, les invisibles. Ils n'ont souvent pas choisi de créer pour qu'on parle d'eux, ni même pour une carrière. Ils ne souhaitent pas s'enrichir sans fin, ni jouer le jeu d'une concurrence libre et faussée. Ils sont au monde, au coeur du monde. Leurs projets sont un artisanat de la relation, un bricolage d'imaginaires et de réalités. J'ai découvert au fil du temps des dizaines de projets qu'on ne trouve pas même dans les pages "Culture" de L'Huma. Je les ai découverts quand ils nous invitent à jouer nos spectacles. Je les ai découverts en lisant la revue Cassandre. Aux 4 coins de ce pays, ils réinventent l'éducation populaire, font circuler la parole, font vivre la poésie. L'art nous rassemble et nous rend uniques. La pratique artistique doit être populaire car elle est un antidote à la marchandisation de nos vies, à l'avancée de la bêtise crasse. Il n'y a pas de sujets plus urgents que de rendre à l'Homme son humaine fragilité, son identité métissé et son imaginaire poétique.

Sans même nous en rendre compte, il y a déjà une union invisible des acteurs des arts et de l'éducation populaire, de ceux qui pensent poésie et transformation du réel dans un même mouvement. Pourtant, nous restons invisibles. Les artistes sont absents des organisations politiques. Ils deviennent de simples faire valoir en période électorale. Leur combat quotidien est anthropologique. Je rêve que notre nouveau mouvement "Ensemble" rassemble dans la lumière ces travailleurs de l'ombre, animateurs de quartier, comédiens, danseurs, responsables de lieux atypiques, de maison d'éditions, de radios associatives, créateurs de tous poils et artistes amateurs.
Je rêve...et vous ?

Laurent Eyraud-Chaume
(chronique "cuisine alternative" de l'hebdo cerises http://www.cerisesenligne.fr/)

l.eyraud@wanadoo.fr


vendredi 15 novembre 2013

Ils disent "droitisation", nous disons "mensonges" !

Gros bonnets volant notre rouge, ville ouvrière du Var passant au brun, ministre rose glissant vers l'amalgame, insultes racistes sur garde des sceaux noire...Ce sombre arc-en-ciel brûle à cette flamme tricolore que personne n'arrive à faire taire. La fifille-à-papa passe de plateaux de télé en antennes radios et ceux qui tendent le micro semblent danser autour de ce triste brasier. Certains matins, on croirait les informations écrites pour casser en nous tout courage pour lutter. Comme une tempête permanente, les médias écrivent la chronique d'une droitisation annoncée et les responsables solfériniens semblent déterminés à réutiliser cette peur du pire pour (re-re-re-re...) plaider le vote utile... calculs risqués.

Quand tout s'accélère, l'Histoire et la mémoire peuvent servir à garder espoir. Je prends mes souvenirs à deux mains et j'essaie de ne pas perdre le fil. Je me souviens qu'il est possible d'éloigner les matins bruns, que d'autres l'ont fait avant nous. Je me souviens que c'est par l'espoir d'une révolution du partage que nos anciens ont su tenir tête à cette bête immonde. Je me souviens aussi d'avant hier, de 2005 et de 2012. Cette belle campagne présidentielle semble déjà loin et nous nous disons parfois que nous avons gâché la mayonnaise...et pourtant nous n'avons pas rêvé. Il y a un peuple de gauche.
J'en suis là de mes réflexions quand je tombe sur un débat dans L'Humanité : "Droitisation de la société ou de l’offre politique ?"(1). Vincent Tiberj, docteur en sciences politiques et maître de conférences à Sciences-Po Paris, y affirme qu'« il existe une réelle déconnexion entre les sphères de pensée des partis et la manière dont l’électorat se positionne. Globalement, sur le long terme, le phénomène de droitisation s’avère faux. » Pour lui, il y aurait un boulevard à gauche pour qui porterait un programme de gauche. Je reçois le même jour mon Regards-mensuel qui interroge le politologue Roland Cayrol (2). Il dénonce la fable de la montée du FN et affirme que « jamais dans l’histoire des sondages les Français n’ont été aussi attachés à la justice sociale. Ils sont en grande majorité révoltés par l’injustice sociale et la lutte contre les inégalités est au cœur de leurs espérances. »
Depuis je passe mes journées à raconter ces informations. L'enjeu de la maîtrise des médias par les citoyens eux-mêmes et du pluralisme de l'information est plus criant que jamais. La défense du journal de Jaurès, qui mériterait développement et refondation, est notamment une urgence civique (3).
Pour que l'arc-en-ciel de nos quotidiens retrouve de la gaieté, il faudra une lutte implacable contre la désinformation, une lutte politique pour ramener les termes du débat sur les vrais enjeux, une lutte citoyenne pour que chacun se réapproprie sa vie. Le mouvement Ensemble, qui est en train de se fonder, pourra sans doute être un bel outil au service de ces luttes à venir.

* Laurent Eyraud-Chaume

(1) "Droitisation de la société ou de l'offre politique ?"http://www.humanite.fr/politique/droitisation-de-la-societe-ou-de-l-offre-politique-552773
(2) Roland Cayrol, "Il n'y a pas de droitisation de la société française" http://www.regards.fr/web/Roland-Cayrol-Il-n-y-a-pas-de,7177