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dimanche 15 novembre 2015

art et politique : la soif de récit commun



L’actualité réserve des surprises. En Juillet, au coeur du festival d’Avignon, afin d’accompagner notre “coopérative”, nous avions proposé, à Pierre Zarka une rencontre autour du thème “Art et Politique” dont le texte ci-après retrace l’intervention. La Grèce, patrie de la philosophie et du théâtre, tentait, au même instant, de rester debout face à des voyous à cravates.

Pour écrire un spectacle, nous cherchons les bons mots pour dire le monde, sa complexité et ce qu’il recèle de possibles. Nos récits cherchent un récit plus large. Nous partons à la recherche de la vérité déjà-là mais non encore visible. Nous ne sommes pas une avant-garde éclairée mais plutôt comme un membre de la famille qui se serait spécialisé dans la poélitique.

Le rapport au réel semble un passage courant de la création mais les artistes sont comme le reste de la société, leur désir de “social” ne fait pas une visée. L’art a besoin de politique pour trouver un souffle radical et d’aujourd’hui. L’art doit fuir le rentable, l’efficace, le beau pour le beau. L’art doit fuir le consensus de la bien-pensance et la rhétorique du renoncement.

L’art a aussi besoin de faire politique en dehors des temps artistiques. De nombreuses constructions alternatives existent qui questionnent l’économie de la culture, le rapport au pouvoir, au territoire, la place du public dans la construction des créations. Ces utopies en marche restent pourtant minoritaires. Le monde culturel fonctionne comme un marché et se gargarise de discours sur sa “mission de service public”. Il défend “notre part d’humanité” mais reproduit des méthodes de gestion du personnel digne des plus grandes multinationales. Il radote “démocratisation de l’accès à la culture” mais fonctionne en castes hermétiques. La refondation de ses pratiques autour, notamment, des valeurs portées par l’économie sociale semble une urgence politique.

Mais la politique a aussi besoin d’art. Elle a besoin (nous avons besoin) de co-écrire un contre récit. La politique radicale (vous savez celle qui prend les choses à la racine...) doit se ressourcer à la bouleversante source de la créativité. Elle doit douter de ses mots et inventer des formes, des images qui raconte un non-dit collectif : notre futur.

L’épisode des chemises ôtées aux dirigeants d’Air France a fait irruption dans le récit médiatique permanent. Ceux qui ont condamné à la vitesse d’un avion de ligne ces actes de “violence” n’ont pas sentis que la colère sourde peut trouver de la force dans ces images. Pour beaucoup de monde un “encravaté” est devenu un ennemi de classe. Le choix des formes de luttes est un vaste débat. C’est aussi un débat culturel et nous devons le mener. Le récit quotidien de la saine gestion des affaires, de la lutte contre le déficit, de la “seule solution possible” est écrit comme on rédige un conte, un spectacle. Cette mauvaise pièce est celle qui fait tenir debout ce système château de carte.

Et comme l’actualité réserve des surprises, nous avons découvert un bout du château de carte avec les images de l’Elysée tournée pour un documentaire où l’on découvre Manuel Valls et François Hollande accueillant la nouvelle ministre de la Culture. La scène pourrait être comique si ce n’était pas un drame. On y conseille à Fleur Pellerin d’aller voir Jack (Lang) car “il faut des idées” et il en a. Il faut aussi se “taper” du théâtre tous les soirs et dire aux artistes qui “veulent être aimés” que c’est “beau” que c’est “bien” etc… Le pathétique de la situation dévoile comme jamais une chute dans un vide de sens sans nom. L’art et la politique sont comme des marionnettes dans un jeu médiatique et électoral où les idées et les soirées au théâtre sont des pions à faire avancer pour vaincre et convaincre.



On comprend mieux au visionnage de cette vidéo la récente loi sur la création artistique qui semble s’arrêter à la gestion des affaires courantes. On comprend mieux le silence de nos élites face à la disparition de festivals, face à la fermeture de lieux. La politique et l’art ne mérite pas ce moment historique où l’on semble danser au bord du gouffre. Les peurs, les racismes, les guerres, le recul de la chose publique, tout cela est nié… encore une dernière danse madame la ministre?

Laurent Eyraud-Chaume


dimanche 12 juillet 2015

Le théâtre paie sa dette à la Grèce !

Appel
Le théâtre paie sa dette à la Grèce !

Nous, hommes et femmes dont le théâtre est une part de notre vie, devons tant à la Grèce. Notre dette est immense.

Le théâtre et la démocratie sont nés en même temps, et au même endroit, sur l’Agora d’Athènes. Ils ont grandi au coeur de notre continent et du monde. Nous ne perdons pas la mémoire.

Nous croyons en l’Europe, celle du savoir et de l’imaginaire partagé. Nous croyons en l’Europe démocratique, celle où chaque citoyen compte pour un. Nous croyons que la crise actuelle sera demain un levier pour bâtir cette Europe là, celle qui sera au service d’une mondialité de l’échange et du co-développement.

Nous sommes solidaires des Grecs, nous sommes à leurs côtés. Ils sont notre meilleur soutien pour chasser l’austérité de notre continent et remettre l’être humain et la solidarité au coeur de notre projet commun.

Alors que tant de haines et de souffrances nourrissent le retour d’un fascisme qui ne dit pas son nom, le peuple grec nous appelle à ne pas nous tromper d’ennemi.
Entendons cet appel !

Aristophane, Eschyle, Euripide, Sophocle :
Nous proposons de payer notre dette poélitique à la Grèce par une
Agora des mots et des idées
où les artistes et les citoyens pourront dire à leur manière les mots d’hier et d’aujourd’hui
le Jeudi 16 Juillet à 20h30 à la place du Petit Palais d’Avignon.


Premiers signataires :
Pascale Bigot, Pépito Matéo, Philomila Akepsimas, Nicolas Roméas, Amélie Chamoux, Jean-Michel Gremillet, Annie Rosenblatt, Marc Lacreuse, Jean-louis Sagot-Duvauroux, Laurent Eyraud-Chaume, Praline Gay-Para, Thomas Pitiot, Leila Cukierman, Nicolas Bonneau, Frédéric Plicque, Alain Hayot, Bernard Colmet, Agnès Cartraud, Dominique Dublin, Alice Vantalon, Olivier Chamoux, Frédéric Richaud, Michèle Sébastia,  Michel Bellier,  Claudie Gourjon, Yves  Sanguinette, Joëlle Cattino,  Sophie Beroud, David Garibay,Samuel Wahl,  Paul Bouffartigue, Christophe Alévêque, Simon Lambert Bilinski, Mandarine Fabre, Phil Venturino, Olivier Perriraz, Valérie De St Do, Isabelle Desmero, Jean-Luc Galmiche, Cyrille Hrouda, Pierre Fernandès, Paul Fructus, Catherine Zarcate, Jihad Darwiche, Delphine Noly, Morgane Chavot, Terry Pellet, Jacques Patron, Anne Lise Frichet, Sébastien Palmaro, Aurore Gathérias, Henri Gray, Michel Van Loo, Herman Delikayan, Xavier Lainé, Anna Pigkou, Dominique Barberet-Grandière Richard Dethyre, Chantal Mimoun, Nadir Mrabet, Thomas Pizard, Aline Faure, Laétitia Cavalier, Maryse Calvo, Guy Bories, Rossela Pompeo, Pierre Texier, Julien Bouchard Madrelle, Marie-France Bermejo…
signer l’appel via l.eyraud@wanadoo.fr ou 07 85 57 73 69

lundi 25 mai 2015

Cannes, épicentre des extrêmes


Soirées VIP, acteurs bankables, entertainment tout puissant, obscénité de l'argent coulant à flot : à Cannes, semble-t-il, seul le tapis est rouge.
Le cinéma est une industrie du divertissement et de l'imaginaire. Le long glissement vers une domination sans faille des producteurs sur les réalisateurs se conforte chaque année. Cette emprise a un impact certain sur les contenus, sur le dénouement des histoires et les thèmes des productions. Cet empire est politique dans sa fondation même. L'imaginaire est l'espace par essence de la lutte des classes. Les films catastrophes, guerriers ou de science fiction suscitent un sentiment d'instabilité permanente, un désir d'ordre et de sécurité. Le récit de la vie des stars cloue l'émancipation sur le mur des "génies" purs et de vies intimes à convoiter...
La France a cette curieuse exception d'être au cœur de cet empire sans être jamais sous sa totale emprise. La fondation du festival de Cannes doit beaucoup à la CGT et au PCF. Le CNC, l'intermittence et les multiples mécanismes de solidarité maintiennent une production indépendante et puissante. Sa diffusion, qui profite de la caisse de résonance du festival, est ample et structurée. Les films français, ou co-produits par des fonds français, sont souvent un antidote sensible à la machine hollywoodienne. Les réalisateurs de ce cinéma indépendant ne limitent pas leur champ de création et, chaque année, ils sont nombreux à investir des sujets sociaux ou politiques. À Cannes, il y a la terre entière, le récit de notre monde qui tombe et des mots qui aident à vivre debout.
Le cinéma et tous les arts vivants sont comme les conteurs de notre mondialité. Ils nous aident à donner sens à cette complexité sans fin, de l'intime et du commun. Cannes pourrait redevenir cet espace de dialogue poélitique mondial si strass et paillettes, argent et médiocrité cessaient de dominer les flux médiatiques. Redonnons la parole aux créateurs, provoquons des rencontres entre artistes, militants, intellectuels... L'art est un fait social. L'imaginaire a sa place dans la construction du réel.
Au cœur de ces enjeux, qu'apportent les déclarations de Manuel Valls ? S'il est effectivement grand temps de ré-augmenter le budget de la culture, où sont les priorités politiques : développement des marchés ou émancipation humaine ? Alors que partout en France, festivals et théâtres paient le prix fort des baisses de dotation aux collectivités, qui croira qu'une campagne de communication cannoise suffit à inverser la courbe de cette disparition lente d'une exception culturelle enviée dans le monde entier ?


jeudi 16 avril 2015

L'intimité politique de l'art

Cette article est paru en décembre dans la revue Kritiks que vous pouvez acheter ici ou  !

Quête d’unité
J’ai longtemps pensé que ma joie enfantine d’être sur scène, mon plaisir intime de la lecture et du savoir, et ma soif de militantisme, étaient des actes segmentés ou ne pouvant se croiser que partiellement, ponctuellement.
Dans les réunions militantes, les traits d’humours ne sont pas toujours bien vus et les références bibliographiques rarement bienvenues. J’ai été un militant du parti communiste durant une dizaine d’années et j’étais celui qui a lu le “manifeste” avant de prendre sa carte : un original. Cette organisation a pourtant été pour moi le berceau de nombreuses découvertes et la fête de l’Huma reste l’archétype d’une unité ponctuelle entre la poésie, le savoir et l’action.
Je n’ai jamais eu vraiment de place dans le “monde du théâtre”. Je n’ai pas fait de “grandes écoles” et je reste un fils d’agent EDF. Je me sens décalé, un peu analphabète ou plutôt parlant une langue étrangère. Avec le temps, j’arrive à faire bonne figure. Je n’en veux à personne. L’art dramatique est resté un espace sociologiquement clos. L’engagement politique y est rare et si de nombreuses compagnies se disent “engagées”, c’est souvent une posture qui ne se raccroche pas vraiment à une histoire de luttes concrètes. Et pour le dire en peu de mots, de nombreuses créations et la plupart des querelles qui agitent notre profession ne me touchent pas.
Je navigue depuis 15 ans d’une marge à l’autre, des arts de la rue aux spectacles jeunes publics, du théâtre itinérant aux arts de la parole. Au coeur même de ces projets, immenses et minuscules, affirmer un questionnement politique qui ne soit pas de façade semble souvent plus simple...N’est ce pas la marge qui tient le livre ?
Pour ma part, j’ai découvert à l’interstice de mes engagements une faille, comme une fêlure dans le système : les histoires.

Colère de classe
Nous sommes nombreux à savoir que la réalité de notre monde nous échappe. Nous sentons bien que pour sauver autant notre planète que notre part d’humanité, nous devons oeuvrer à de grands bouleversements, à des transformations révolutionnaires. Pourtant il y a autant dans le monde politique que dans celui de la création une sorte de répétition inouïe, une immobilité quasiment suicidaire. Elle est due à la grande difficulté du mouvement. Le vide amène le risque et souvent la précarité. Les schémas semblent se reproduire sans fin : batailles électorales et luttes de pouvoir, réputation et carrière, héritage et consanguinité.
Les classes populaires sont invisibles. Les “sans dents”, comme notre président les nomme, n’ont pas d’histoire, pas d’existence réelle, au yeux de la société et pour eux mêmes. Quand ils sont représentés à l’écran, ou plus rarement sur scène, l’histoire est tragique (et sans issue) ou ils apparaissent en une comédie caricaturale et exotique. Ceux qui tiennent le stylo ou la caméra ne vivent pas dans les mêmes quartiers et ceux qui financent ne souhaitent pas d’histoires trop complexes.
Je sais mon propos trop abrupte. La classe sociale d’un artiste ne suffit pas à résumer une oeuvre et il y a de très nombreux contre-exemples d’un art qui travaille un imaginaire d’émancipation. Le monde de la création reste pourtant un espace “fermé”. Cette fermeture, d’une classe “noble” qui porte les arts, s’accompagne d’une séparation institutionnelle des professionnels et des amateurs, et des ministères qui les “représente”. Celle-ci est ancrée dans les esprits comme une forme naturelle et ancestrale du rapport qu’entretient l’art et la société. Aux artistes la création, aux amateurs l’animation. Les ateliers peintures, danses ou théâtres apprennent la “reproduction” de l’oeuvre. Combien de compagnies amateurs singeant le théâtre classique ou vaudevillesque ? Les créateurs, eux, travaillent à une “démarche”, une “recherche” et dialoguent avec leurs “pairs”. Chacun à sa place et pendant ce temps là...la terre et notre humanité peuvent mourir.
Alors qu’il suffit parfois d’un presque rien, une étincelle, pour que le mouvement des mots libérés oeuvre à ré-enchanter le monde, le bouleverser. Apprendre à créer et à réfléchir ensemble est souvent plus urgent que d’apprendre une technique artistique, fût-ce t'elle ancestrale ou exigeante. Ces divisions ont anesthésié la potentialité transformatrice de l’art. A tous ceux qui souhaitent révolutionner le monde et leur existence la création doit (re)devenir plus qu’un outil, une arme de construction massive !

Histoires du réel
Ce qui m’a transformé, m’a poussé à agir, n’est pas un tract, une analyse concrète de la situation, c’est la manière dont on m’a raconté une “Histoire” : celle des petits, celle qui se raconte aux interstices, par contagion… Comme on se passait une cassette de rap français, copiée et recopiée de mains en mains. J’ai entendu un jour un vieux militant raconter comment Ambroise Croizat, sous l’occupation, sur un coin de table dans un bar à Paris, écrit les prémices de ce qui deviendra la sécurité sociale. J’ai en moi l’image précise d’une table de bar, d’un stylo, d’une discussion entre militant sur le futur à-venir alors que chaque heure est une victoire contre la mort. Je me suis raconté mon histoire. Comme un enfant construit des châteaux, échafaude des contes… Je me suis bricolé un imaginaire à partir de ma famille, de mes rencontres... J’ai découvert en creusant que le futur est toujours “déjà-là”. Comme les résistants tenaient une bougie allumée avant que vienne le grand brasier de la libération, aujourd’hui une myriade d’alternatives cherche à faire contre système, luttant contre leur invisibilité. Il semblerait que certains ont une fâcheuse tendance à recouvrir ce déjà-là d’une montagne de banalités, de vide, de divertissements… L’imaginaire qu’on nous propose nous diverti d’un futur déjà-là à portée de regard. Il n’y a pas vraiment de place pour le hasard, une lutte se joue dans les histoires que l’on se raconte, ou pas.

Eux et nous
Mes 2 mondes intérieurs, celui de la création et le milieu militant ont en commun ce positionnement simple : il y a eux et nous. Nous les “sachants” allons orienter le public vers la vérité, les électeurs vers la bonne solution. C’est un piège qui se referme discrètement sur nous : la séparation. A partir d’une bulle dorée, elle va de soit et s’accompagne souvent d’un mépris de classe hors norme. Mais elle s’offre à tous, et l’on en vient aussi à nier nos proximités de classes et à refuser les solutions collectives, bien plus complexes à mettre en oeuvre. Le cynisme et le pessimisme aidant, un dédain s’installe comme un mur invisible. Pourtant si le monde, tel qu’il est, injuste et tragique,  peut être géré, et raconté, par un petit nombre, le monde de demain, fraternel et poétique, sera comme un puzzle dont chacun a une pièce. On sait par exemple, qu’il n’y aura pas de solution écologique sans un partage des richesses, dans une réinvention de l’égalité et du collectif. Le monde des arts, les mouvements politiques, et plus globalement la société dans son ensemble, semblent comme tétanisés dans des logiques de concurrences et de survies, qui s’appuient sur un a priori de séparation.

Consensus du commun
Si l’on travaille souvent avec des lycées professionnels ou des jeunes en insertion par soucis de solidarité ou par bonne conscience, on s’aperçoit finalement qu’on a pas grand chose à apporter si ce n’est du temps pour l’imaginaire et la réflexion, et quelques techniques  (l’imaginaire est comme un muscle à exercer). Nous oeuvrons aussi au plaisir partagé de la transgression, à la jubilation du rire et de l’écoute. Si le théâtre peut (et doit) ouvrir des dissensus qui nous obligent au conflit et à la controverse. Les ateliers de créations sont dans un premier temps une découverte du commun et de sa diversité. être debout face à une classe qui ne l’a pas toujours souhaité. Trouver les mots hésitants qui permettent à chacun de jouer le jeu. Voir venir des corps, des mots, des rires. Apprendre chaque prénom, veiller à retenir les détails pour faire vivre des relations. Regarder dans les réactions de chacun comment on s’aime dans la fragilité, dans l’hésitation. L’autre est absolument différent mais nous avons une histoire commune d’humanité : nos joies, nos peurs, nos colères... Comme une première marche d’action collective, la scène porte déjà un mini-antidote à l’individu roi qui gouverne le monde du haut de sa montagne de solitude. Viennent ensuite les questions simples et vertigineuses : qu’allons-nous faire sur scène ? qu’allons-nous raconter ? pourquoi ? comment ?
Les jeunes, qui à mon sens sont déjà des adultes, ont des réponses, des milliers de réponses. Il suffit d’écouter, de prendre le temps. J’ai lu des écrits bouleversants, vu des présences scéniques hors normes, des traits d’humours radicaux, des émotions vives... dans des salles de classes minuscules. J’ai vu des enfants s’ouvrir à la beauté, des ados pleurer...J’ai senti ce futur déjà-là dans leurs coeurs et je vois bien que ma place est ici, que c’est un acte politique, poélitique ! Pour qui pense à demain, il n’y a pas d’autre issue que de nous y mettre tous. Reconstruire un imaginaire collectif, qui ne soit pas kidnappé par quelques uns, nous oblige à faire de chacun un créateur, un artisan oeuvrier de sa propre vie.

Démons de la gauche
J’ai participé à des dizaines de réunions du “secteur culturel”, notamment au PCF. Il n’y a pas d’organisation plus attachée à la défense du monde de la création. Toute son Histoire est tendue vers l’importance des arts et du savoir. La “bataille du livre” d’Elsa Triolet, les paroles de Jaurès, les poèmes des résistants, les communistes portent cet héritage français issu des Lumières. Ils sont aussi les héritiers de l’Est, de la verticalité, de l’art et du savoir au “garde à vous”. Ce siècle tragique fut pour eux comme une descente aux enfers qui mène des “dadaïstes” au “réalisme socialiste”. Le PCF, et une grande partie de la gauche, garde de cette histoire une peur de toute instrumentalisation du secteur de la création. Chaque intervention de responsables nationaux commence invariablement par un hymne à la liberté des créateurs. Quand on connaît les pressions du marché (pour un art rentable et lisse) et celles d’une droite réactionnaire (qui n’hésite plus à pousser à l’interdiction de spectacles ou d’expositions), la liberté de création est un préalable à toute politique culturelle. Cet argument a également poussé à cette même séparation qui fait du “créateur” un “intouchable”. Le seul dialogue entre les élus et les artistes consiste en une négociation “donnant-donnant” de mécanismes de subventions. Le lieu, le festival, la compagnie travaille à “l’image” de la ville, du département, de la région en échange de quoi il crée libéré de toutes contraintes. Certains pensent que cette situation est la preuve d’une démocratie qui fonctionne mais c’est un jeu de dupe. La liberté est ici une illusion. Les artistes sont contraints par cette relation, par la place du marché, du taux de rentabilité des productions, par la concurrence, contraints aussi par leur histoire personnelle, contraints par leur précarité...Les élus détournent le regard, expliquent qu’ils ne censurent rien. Ils laissent faire le marché et les boites de production mais ne censurent rien. Ils ont les yeux rivés sur le taux de remplissage mais ne censurent rien. Ils mettent en concurrence les territoires mais ne censurent rien. Tous les élus ne se ressemblent pas. Certains accompagnent, écoutent, épaulent, oeuvrent aux synergies mais trop souvent les élus de “gauche” ne se différencient que sur le montant alloué à la culture alors que si l’on souhaite être radical il faut prendre les choses à la racine. Il faut donner aux artistes la place simple et utile qui leur revient au coeur de la cité. Il faut lutter avec eux à faire fuir ces démons du marché, du taux de satisfactions, et de la précarité. Ces démons hantent à présent les imaginaires car ils imposent l’uniformisation du goût et des saveurs. L’Histoire du mouvement communiste est tragique et cette peur de l’intervention dans le domaine artistique n’est que l’épiphénomène d’une complexité plus large.

Raconter des histoires
Avec mon alter-ego Amélie Chamoux, nous cherchons un chemin pour être au monde sur scène et tenir cette place. On écoute, on vole des histoires, on fait des collages, on raconte…On tente à petits pas, d’apporter une pierre à ce déjà-là. Sans véritable feuille de route, on dissèque un sujet jusqu’à épuisement. On cherche dans nos vies où sont les échos du mouvement du monde, ses contradictions, ses failles. On part à la rencontre des acteurs du réel, à 2 pas de chez nous. On fouille en archéologue, on note en sociologue, on cogite en philosophe, on rigole en clown. On ne voit pas le chemin au début du voyage. On se dit simplement que les valeurs que l’on porte et les techniques utilisées ne devraient pas trop nous éloigner du monde. Chaque création est toujours un mélange infini de doutes et d’enthousiasmes. Un spectacle est un moment immense et minuscule. Nous nous appliquons à trouver les mots justes, les couleurs, les sons… Nous souhaitons faire des temps de la représentation des rencontres d’humains à égalité. Nous nous attachons à l’idée de raconter la vie sans fard et dans un mouvement de transformation… un mouvement qui existe bel et bien dans le réel. Chaque personnage est pris dans ses contradictions, ses forces et ses défauts. C’est le mouvement de la réalité, au travail au coeur de nos histoires, qui transforme les personnages et leur donne la force d’agir. Nous avons choisi de raconter des histoires, de conter, pour milles et une raisons. L’une des plus centrales est sans doute cette humilité de la relation au public qui dit simplement : “nous faisons parti du monde comme vous, nous allons nous raconter des histoires.” Nous tentons de faire de ce choix plus qu’une posture ou un choix “technique” : une volonté d’unir la forme et le fond. C’est aussi lutter contre cette séparation en racontant le monde sans avoir le but précis, et didactique, de délivrer une vérité ou de “changer” les gens. Si nous assumons sans gène une vocation d’éducation populaire en décortiquant des sujets, en les rendant lisible, nous le faisons à partir du coeur de la société. Tout le monde pourrait le faire, c’est simplement notre rôle social.

Vivre cent vies
J’aurai aimé être journaliste, historien ou président. Demain peut-être. Raconter des histoires me semble une tâche bien plus complexe. Être sur scène et écrire oblige à révéler ses failles, ses monstres. Écrire pour tous oblige à l’écoute, à l’empathie. Je voulais vivre 100 vies. Ne pas choisir. J’aurai été avant-centre à l’OM, chanteur de rock, paysan, voyageur...J’aurai eu des grandes responsabilités pour sauver la planète et les peuples en dangers. J’aurai été avocat, député, reporter à Gaza. Et le lendemain, j’aurai choisi la fête et les nuits sans fin.
Le théâtre a choisi de m’offrir 100 vies, immenses et minuscules. En attendant le jour de la représentation, je respire ma ruralie et je colporte l’envie de l’imagination et du savoir.

Laurent Eyraud-Chaume
Septembre 2014.  

dimanche 6 juillet 2014

L'hypothèse monde


Que restera t’il de ce printemps 2014 dans le monde de la culture et globalement dans la société ? Au delà d’un mouvement hors norme, c’est toute la population qui doit se questionner sur la transformation d’un monde à bout de souffle.

La force du mouvement des artistes et des techniciens réside dans 4 atouts qu’il sera important d’analyser :
- le sérieux de contre propositions unitaires et mobilisatrices écrites par un comité de suivi fondé dès 2003.
- l’horizontalité de la mobilisation et la légitimité des assemblées générales de terrain
- la volonté continue d’élargir les motifs de luttes : dans un double mouvement vers tous les précaires et autour de la défense de la vie artistique.
- la libération de la parole, l’accélération d’une sorte d’auto-formation des militants (soucieux de ne pas oublier 2003), des actions “coup de poing” symboliques et radicales.

Assurément la grève, notamment au “Printemps des comédiens” aura aussi était un accélérateur de mobilisation. Elle reste l’outil ultime et complexe d’une profession qui souhaite inverser un rapport de force. La lettre de mission signé par Manuel Valls pour cadrer le travail du triumvirat qui a en charge d’aboutir à une nouvelle rédaction des annexes 8 et 10 est le symbole d’un recul du gouvernement. En effet, le 1er ministre affirme l’importance de la solidarité interprofessionnelle, la légitimité du comité de suivi et des coordinations, et appelle à ce que toute la profession soit consultée. Il va sans dire que le début du quinquennat Hollande pousse les intermittents à la vigilance et à ne pas relâcher leur mobilisation. Mais le rapport de force a bougé, c’est un fait !

Et maintenant, que faire ? Les salariés du In d’Avignon ont voté à une très large majorité pour la tenue d’un “festival militant” et un texte collectif issu des artistes et techniciens du In, “l’hypothèse d’Avignon”, interroge : “peut-­être avons nous moins besoin, en cet instant précis, de lâcher nos dernières forces dans un affrontement destructeur que de prendre de nouvelles forces au contact les uns des autres.”. Il appelle à ouvrir des espaces de paroles et à ce qu’Avignon soit “le terrain d’une expérience ponctuelle”.

C’est un désir légitime porté par un constat concret : il faut tenir sur le long terme. Les questions qui se posent aux militants du secteur artistique sont les mêmes que pour l’ensemble des militants : Comment agir et décider ensemble ? Comment élargir la mobilisation ? Comment faire face à un ennemi qui ne dit pas son nom ? Comment être porté par l’espoir quand tout semble nous ramener vers le passé ?

L’objet même de ce mouvement concerne toute la société. Dans un pays où s’accumule les richesses, pourquoi ne pas inventer un dispositif, multiforme, qui s’adapte à la discontinuité de l’emploi, aux temps de formations, vaincre la précarité et donner de la force aux salariés face à des employeurs tournés vers leur seul profit. Il est grand temps de penser un revenu universel qui assure à chacun une vie digne. C’est une perspective qui doit être mise en débat dans la société, chez les salariés précaires, les chômeurs, afin qu’elle devienne un mot d’ordre mobilisateur et unitaire.

Ce mouvement ouvre aussi sur l’importance des arts dans nos vies. Il est primordial de ne pas cacher les contradictions d’un secteur soumis à une double injonction de la société : le marché et la commande publique. La créativité est souvent aspirée par des logiques de rentabilité. Par exemple, combien de mairies osent refuser la loi de l’offre et de la demande dans l’achat de programmation et remettre les boites de production à leur place ? Combien d’artistes refusent le jeu fou de la montée exponentielle des prix ?
La place croissante des collectivités locales dans le financement de la culture s’accompagne de manière inquiétante d’une instrumentalisation des programmations et des projets artistiques. Comment construire l’indépendance des lieux, l’articulation entre vie artistique et éducation populaire ? Comment réinventer collectivement le partage des richesses dans un secteur qui n’en manque pas ? Ces questions, et bien d’autres, doivent à présent faire irruption dans le débat citoyen. Elles dépassent très largement les seuls professionnels. La place que l’on réserve à l’art, à la parole citoyenne et au savoir est un marqueur du monde que nous souhaitons construire.

L’hypothèse que nous faisons est qu’il est temps de faire “politique” en utilisant toutes les formes d’actions citoyennes, en valorisant les alternatives qui se cherchent, en oeuvrant à une cohérence éthique et humaniste. Les urgences du moment nous appellent tout autant à sauver la planète qu’à sauver notre part d’humanité. Les espaces de rencontres créés lors de cet Avignon 2014 ne seront pas un baroud d’honneur s'ils ouvrent sur le monde à inventer ensemble, s’ils rassemblent publics et professionnels autour d’une alternative citoyenne. Nous faisons l’hypothèse monde.

Laurent Eyraud-Chaume, comédien, Ensemble !

vendredi 14 mars 2014

Le 18 mars en Action !

Le Collectif des intermittents et des permanents de la culture des Hautes-Alpes

- conscient des menaces qui pèsent sur le régime des intermittents (annexe 8 et 10) et sur le maintien d'une convention Unedic solidaire,

- conscient que leur combat s'inscrit dans un moment social où le gouvernement semble répondre positivement à toutes les demandes du MEDEF,

- conscient que défendre aujourd'hui les droits des salariés de la culture, c'est aussi réfléchir ensemble à l'invention d'une vie artistique et culturelle pour demain :

appelle les intermittents du spectacle, les permanents de la culture et tous ceux qui soutiennent leur combat à le rejoindre le :

mardi 18 mars à 10h30 devant la sécurité sociale à Gap
pour une Manifestation interprofessionnelle pour les salaires, l’emploi, la protection sociale et le service public, et contre le pacte « d'irresponsabilité » à l'appel de la CGT, de FO et de la FSU

mardi 18 mars à 14h sur le parvis du théâtre La passerelle
pour un Grand Rassemblement de soutien au régime des intermittents.

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. »

Bertolt Brecht

samedi 8 mars 2014

Intermittents du spectacle : un combat porteur d’alternatives !


(article paru dans cerises : http://www.cerisesenligne.fr/)
Jeudi 27 février, plus de 20 000 personnes se sont mobilisées à Paris et dans toute la France contre la tentative de coup de force du MEDEF. Une mobilisation vaste est en train de naître qui mêle artistes, techniciens mais aussi chômeurs et précaires. L’unanimité du secteur culturel permet d’installer un rapport de force qui semble favorable aux intermittents. Pourtant, la proposition du MEDEF (la suppression pure et simple des annexes 8 et 10) était articulée à un appel à l'État et semble avoir dès à présent ouvert un débat bien plus vaste. Pour certains (dont la CFDT), le régime des intermittents est une subvention cachée à la vie culturelle. L’argumentaire récurent de la ministre s'appuie d’ailleurs sur les annexes pour parler d’exception culturelle et de rentabilité générale de l’investissement public. Une des issues possibles de la négociation serait un maintien du dispositif mais à la charge de l'État. Les intermittents tiennent à rester dans la solidarité inter-professionnelle. Nous touchons ici à 2 questions qu’ouvre cette mobilisation. Le secteur culturel souffre d’un déficit de financements publics. La politique générale d’austérité aggrave cette situation et l’intermittence est souvent une réponse à un manque de subventions. Par ailleurs, les annexes 8 et 10 ont été inventées pour des situations d’emplois bien précises : la nécessité d’un secteur d’activité d’avoir recours à des CDD à répétition. Les annexes sont précisément là pour lutter contre la précarité “mécanique” du secteur.
Ce combat doit permettre d’ouvrir en grand ces 2 débats cruciaux pour notre vie commune :
- Comment maintenir des services publics forts et utiles dans cette stratégie folle d’austérité ? La culture est un exemple emblématique d’une saignée générale. Sur nos territoires, les collectivités se désengagent et font souvent le choix de sacrifier les petites structures pour sauver les grosses. De Sarkozy à Hollande, nous sommes arrivés à l’os. Le maintien d’une vie artistique riche ne peut s’accommoder ni de la baisse du budget de l’État ni des attaques contre les collectivités territoriales. - Les annexes 8 et 10 ne sont pas attaquées pour un déficit, très largement imaginaire. Le régime des intermittents du spectacle est menacé par le MEDEF car il est un contre exemple à la précarité qu’induit la course au CDD aujourd’hui généralisée. S’il ne peut être étendu à tous, il montre pourtant qu’en adaptant les mécanismes d’indemnisation du chômage aux situations réelles de l’emploi, nous pouvons changer de vision sur le marché du travail et permettre de transformer la précarité en sécurité. Ce conflit nous amène à réfléchir tous ensemble sur la place du travail dans nos vies et plus largement sur la quête de dignité humaine que doit permettre notre vie en société. Personne n’a de réponse clef en main, mais la souffrance au travail doit cesser, la détresse sociale doit cesser, l’accaparement des richesses par un petit nombre doit cesser.
Notre mouvement Ensemble !, le Front de gauche et tous les citoyens qui pensent qu’une alternative à gauche est souhaitable doivent être aux côtés des intermittents car leur combat est aussi une porte ouverte vers demain.
Le prochain rendez-vous de mobilisation est fixé au 13 mars.
* Laurent Eyraud-Chaume
Voir le reportage sur la manifestation à Paris 27/02/2014 ( http://www.youtube.com/watch?v=E0AwKF5T1-c)



samedi 14 décembre 2013

Ensemble, l'union des cachés et des invisibles ?


Les temps sont à la communication. Les lieux de créations artistiques et tous les projets qui s'y articulent n'y échappent pas. Les revues de presse semblent être devenues un gage de qualité pour toute création. Pour avoir une bonne revue de presse, il faut un attaché de presse. C'est un choix budgétaire fait souvent au détriment du budget artistique et pour les petites compagnies, c'est souvent un non-choix. Les artiste s'improvisent polyvalents et c'est encore le spectacle qui en pâtit. On communique donc quand on est gros et quand on fait le choix de la communication.

Si bien qu'il m'a fallu du temps pour découvrir tous les cachés, les invisibles. Ils n'ont souvent pas choisi de créer pour qu'on parle d'eux, ni même pour une carrière. Ils ne souhaitent pas s'enrichir sans fin, ni jouer le jeu d'une concurrence libre et faussée. Ils sont au monde, au coeur du monde. Leurs projets sont un artisanat de la relation, un bricolage d'imaginaires et de réalités. J'ai découvert au fil du temps des dizaines de projets qu'on ne trouve pas même dans les pages "Culture" de L'Huma. Je les ai découverts quand ils nous invitent à jouer nos spectacles. Je les ai découverts en lisant la revue Cassandre. Aux 4 coins de ce pays, ils réinventent l'éducation populaire, font circuler la parole, font vivre la poésie. L'art nous rassemble et nous rend uniques. La pratique artistique doit être populaire car elle est un antidote à la marchandisation de nos vies, à l'avancée de la bêtise crasse. Il n'y a pas de sujets plus urgents que de rendre à l'Homme son humaine fragilité, son identité métissé et son imaginaire poétique.

Sans même nous en rendre compte, il y a déjà une union invisible des acteurs des arts et de l'éducation populaire, de ceux qui pensent poésie et transformation du réel dans un même mouvement. Pourtant, nous restons invisibles. Les artistes sont absents des organisations politiques. Ils deviennent de simples faire valoir en période électorale. Leur combat quotidien est anthropologique. Je rêve que notre nouveau mouvement "Ensemble" rassemble dans la lumière ces travailleurs de l'ombre, animateurs de quartier, comédiens, danseurs, responsables de lieux atypiques, de maison d'éditions, de radios associatives, créateurs de tous poils et artistes amateurs.
Je rêve...et vous ?

Laurent Eyraud-Chaume
(chronique "cuisine alternative" de l'hebdo cerises http://www.cerisesenligne.fr/)

l.eyraud@wanadoo.fr


samedi 18 septembre 2010

« de la réalité du monde sensible »...(Alp'ternatives automne 2010)

Le titre de la thèse de doctorat de Jean Jaurès résonne dans ma tête depuis quelque jours...« de la réalité du monde sensible »...
Je l'ai retrouvé dans le très bel ouvrage de Charles Sylvestre « Jaurès, la passion du journaliste » (édité par Le Temps des Cerises). Journaliste lui même, il détaille avec délectation l'évolution de la pensée et de la plume d'un Jaurès combattant pour la vérité et la justice. On sent entre chaque ligne l'amour de Sylvestre pour le « grand homme » et la colère sourde qui l'habite face au monde tel qu'il est, ou plutôt tel qu'il est devenu.

« de la réalité du monde sensible »...

Cette accélération permanente, cette course que nous vivons dans chaque moment de nos vies nous amène parfois à se demander où est le réel.
Alors qu'au 19ème et 20ème siècle, la gauche, et singulièrement son aile révolutionnaire, ont su incarner un soif de transformation du réel par opposition à une droite immobile et représentant l'ordre et la tradition, le 21ème siècle change la donne. Ce mouvement permanent, qu'impose le capitalisme « cognitif » et un pouvoir « hyperactif », fait valser les symboles, les traditions, les rythmes...Cette domination sur la montre, sur l'image est une domination culturelle qui invente chaque jour un peu plus un citoyen sans Histoire, sans mémoire...sans repère. Les mots eux-mêmes flottent. Je ne sais plus par quel bout les prendre. Vont-ils eux aussi être récupérés ? Même alternative, citoyen, république sonnent creux … Faudra t-il utiliser des mots bazookas, comme le font les partisans de la « décroissance » ?
La grande finesse des mécanismes qui nous gouvernent réside dans le principe simple du « tout peut faire profit » ou comme le disait mon grand-père « tout ce qui rentre fait ventre ». Qui n'a pas été surpris pas les propos « écolo-gauchisant » d'un nombre important de super-productions hollywoodienne ? Le marché de la Culture est le premier marché au monde...La seule utilisation d'une « bonne » idée par ces requins voraces en annule la portée et nourrie le pessimisme ambiant. Je pourrai analyser ma propre démobilisation ponctuelle après avoir regarder en famille un superbe documentaire écologiste sur la mer où apparaissent gaiement sur le générique Total, Areva et consort...Ils salissent ce qu'ils touchent et c'est pour cela qu'ils le touchent. Qui défendra aujourd'hui les Mutuelles, France Télécom, EDF et demain La Poste après leurs passages dans le mode de gestion de ces utopies en actes...qui ? Qui dans la génération qui rentre aujourd'hui dans la vie active connait 5% de l'histoire de ces projets ? Qui ?
Le relativisme s'impose en politique et l'individualisme, qui est son frère de sang, s'impose dans nos vies privées. On cherche le bien-être, la sagesse zen, les plaisirs rapides, la néo-spiritualité...On desserte le combat des idées, le combat des valeurs...(d'ailleurs le mot combat quel archaïsme !).

Je suis pourtant optimiste. La fable d'un Etat « impartial » s'effondre peu à peu sous les révélations estivales. Sur le net, et ailleurs, les mensonges sont « démontés » avec application. La rentrée sociale sera brulante.
Au quotidien, un peuple multitude cherche cette réalité du monde sensible dans des actes concrets, patients et lents (n'ayons pas peur du mot...). Ils ré-inventent un monde. Ils n'ont pas toujours les mots, le sens de l'Histoire...mais je leur fais confiance. Ils sont dans le réel, un réel humble, humain...sensible. C'est leur lenteur et leur fragilité qui font d'eux des irrécupérables !
Alors sauvons nos retraites, et tout ce qui peux être sauvé, cherchons aussi cette réalité du monde sensible qui fait de nous des humains !

Ps : ne rater pas le nouvelle version du mensuel Regards, c'est un régal, un bel antidote à la pensée courte...


jeudi 7 janvier 2010

Ne pas Plier ! (Alp'ternatives)


Chronique du temps présent.


J'avais pris pour habitude de vous présenter chaque trimestre des critiques d'ouvrages, de journaux de CD et autres plaisirs...Pour commencer 2010, pas de critique, des vœux aigres doux.


A Veynes, plusieurs dizaines d'hommes armés encerclent le lycée, bouchent chaque issues pour d'éventuels fuyards ...à la recherche d'un redoutable réseau de trafic de cannabis...



A Paris, le « camarade » Besson lance un vaste débat sur l'identité nationale, ressuscite une triste coutume française qui mêle racisme, peur et culte des racines. Le Front National grimpe dans les sondages. Les propos ouvertement anti-islam, anti-jeunes, se multiplient au plus haut niveau de l'Etat. La presse parle de « dérapages ». Vraiment ?


Aux Pennes-Mirabeau, à Pont de Claix, les mairies socialistes municipalisent leurs théâtres et profitent de l'occasion pour sortir les artistes et les équipes en places : trop élitistes, trop engagés ! Vivement les humoristes et la rentabilité !


Pendant qu'on échoue à Copenhague, au conseil général du 05, on mise sur les sports mécaniques ! Dans certaines stations on mise aussi sur le durable comme sur un cheval de course ! On mise sur la culture pour soigner l'image. On construit des équipements splendides. On organise des concerts de qualités. On fait venir la presse. Puis, les salles n'étant pas assez pleines, pas assez rentables : on licencie le directeur. Il aurait du faire comme les autres : un festival du rire !


Un peu partout, ici comme ailleurs, on se gargarise de culture locale, du bon vieux temps, du temps où les enfants écoutés leurs parents. On oublie vite. La mémoire est sélective. C'est toujours la mémoire des vainqueurs qui écrit l'Histoire. On oublie le petit peuple, ici comme ailleurs, qui hier arraché la sécu, la retraite, les congés, du temps pour vivre, aimer et créer. On oublie que la quête du savoir est un combat d'émancipation.


A l'heure où la bêtise est une arme de destruction massive. Les attaques contre tout ce qui nous rend humain : notre capacité à accueillir l'étranger, à s'émerveiller d'un poème, à sauver notre terre mère, faire vivre des lieux et des moments hors commerce...toutes ces attaques forment une politique.
Alors en 2010, souhaitons-nous le courage de combattre, l'utopie de résister et créer. Notre responsabilité est immense.









dimanche 30 novembre 2008

quelle politique culturelle ?


"réveillons la démocratie" m'invite à un débat :

Quelle politique
culturelle à Gap et dans le Département.

Avec
Martine Bouchardy, adjointe à la culture de la ville de Gap,
Et Laurent Eyraud, comédien et directeur artistique du Fourmidiable,


Les dépenses consacrées à la culture dans les budgets des collectivités territoriales augmentent et la culture devient un budget important.
La culture est perçue comme attractive, essentielle dans le cadre d’une politique publique.
Mais de quelle culture s’agit-il : Culture pour tous ou culture d’élite, culture de rue ou culture de salles, culture événementielle ou projet culturel, culture subventionnée ou culture privatisée, culture de création ou culture de récréation ? Nous en débattrons ensemble le

jeudi 4 décembre 2008
de 20h30 à 22h30
au CMCL

« Réveillons la démocratie ! »
a pour objectif de restaurer un espace public de débat démocratique.
N’hésitez pas à apporter vos idées, vos propositions, votre désir de vous exprimer.
 : reveillonsladémocratie@dixit.net
 : 0492 53 71 25