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lundi 8 juin 2015

Retour sur la première édition de Parabola



Nous ne savons pas comment vient une alchimie. On connaît les ingrédients mais le moment où tout bascule reste secret. La magie de ce premier Parabola tient sans doute au bonheur d’être ensemble réunit autour d’idées simples : la parole libre, la créativité de chacun, la beauté de la poésie.

Tout commence par une année de rencontres : les ateliers de la MJC, le stage Parabola (ou l’on doit aller droit au but même si on est jamais monté sur scène) et la première formation BAPAAT de Veynes avec option théâtre (portée par le Greta). Notre envie depuis des années de dépasser le “ronron” des spectacles de fin d’année et d’accueillir les créations des ateliers comme un spectacle professionnel.
Ensuite, nous avons inventé ce premier Parabola en sachant que le savoir, la poésie et la joie sont faits pour cohabiter, que nous sommes tous capables de creuser un sujet, d’y réfléchir, d’y rêver et d’en rire. Cette année, le fil rouge de la parole a résonné du mercredi au Vendredi.
Jeudi, “l’apéro-slam” a réuni les âges autour d’un désir d’expression si bien que nous étions gênés de devoir écourter ce moment qui aurait pu durer une nuit. Les jeunes du collège et la bibliothèque avaient mijoté ensuite un Kamishibaï touchant et porté par cette envie de dire le quotidien et de dénoncer tous les préjugés. C’est devant un public nombreux et autour d’une soirée joyeuse que Rachid Bouali nous a raconté sa découverte du théâtre : “Un jour j’irai à Vancouver”. Ce spectacle plein d’humour est un hymne à l’éducation populaire, une fable du quotidien aux sources du désir de théâtre. Nous étions simplement heureux d’avoir fait découvrir cette création à Veynes et les regards au moment de se quitter étaient comme un remerciement.
Le vendredi fut la journée du premier “Cabaret des Haut-Parleurs”. Nous ne savions pas vraiment où nous amenait cette folie, ce pari fou : réunir 37 élèves de 7 à 65 ans avec une seule répétition commune d’à peine 2 heures. La soirée fut comme une aparté dans le quotidien de chacun. Une salle pleine comme un oeuf, plus de 200 personnes, des familles, des jeunes, des vieux, un public mélangé venu parfois de loin, ont accueillis cette troupe d’un soir par de l’attention, des rires et des applaudissements sans fin. Cette création passait du collage au spectacle. D’une scène à l’autre, comme des échos d’une société traversée par le désir de dire, de nommer, de dénoncer et d’être ensemble, les mots montraient une unité qui nous dépassait amplement. Comme un fil rouge que nous n’avions pas anticipé.

D’un repas partagé au petit mot qu’on se glisse discrètement, de l’appui solide et créatif de l’Olivier à la bienveillance de chaque instant de Cécilia, des mélodies sur mesure de Marionèle à la présence fidèle d’un enfant, d’un spectateur : cette année, cette semaine, cette soirée, nous dévoile la naissance d’une famille autour des valeurs du Pas de l’oiseau.
Nous ne sommes pas peu fiers !
à tout de suite,

Amélie Chamoux et Laurent Eyraud-Chaume

mardi 26 mai 2015

Aider notre venue à Avignon 2015 !

Bonjour,
Notre « théâtre poétique d’utilité publique » pose ses valises à avignon pour un mois. Nous y jouerons une vingtaine de fois la coopérative et 5 fois l’héritage au théâtre de la Bourse du Travail.
Nous organiserons 3 débats autour du théâtre, du monde du travail, de l’économie sociale et des coopératives (programme à venir). Nous souhaitons en effet porter haut et fort ce sujet de démocratie dans l’entreprise. Car tout comme Jean Vilar, nous croyons que le théâtre, que les festivals font avancer les idées.
Cette venue a un coût, vous vous en doutez. Même si notre travail rencontre de multiples résonances, nous n’entrons pas vraiment dans les cases et aucun riche mécène ne s’est encore signalé.
En fait, nous n’avons que vous…
Vous, qui suivez notre travail. Vous, qui avez partagé un héritage ou découvert notre coopérative. Vous, qui participez à nos ateliers. Vous, qui nous accueillez aux 4 coins de la France dans votre asso ou votre théâtre.
Vous, qui pensez que le théâtre est une part d’humanité et qu’il faut le faire vivre.
Vous, qui défendez cette idée simple que la poésie a sa place dans la construction d’un monde simplement humain.
Nous lançons donc une collecte pour nous permettre de réaliser cet Avignon 2015 dans de bonnes conditions. Merci par avance de votre participation. N’hésitez pas à faire suivre ce message…les petits ruisseaux font les grandes révolutions !
Vous pouvez également venir nous voir à Avignon ce sera notre plus beau cadeau !
Bon printemps à tous,
Amélie Chamoux et Laurent Eyraud-Chaume
ps : le lien pour la collecte est ici… ou là


Avignon Off 2015
Théâtre de la Bourse du Travail CGT

La coopérative
du 4 au 26 juillet à 11h
(relâches les 13 et 20)
L’héritage
les 13 et 20 Juillet à 11h
24, 25 et 26 Juillet à 14h
réservations : 06 77 75 49 31

lundi 25 mai 2015

Parabola (du 27 au 29 mai 2015)

La compagnie Le pas de l’oiseau est heureuse de proposer cette première édition de Parabola, la fureur de dire. Quand les mots se libèrent, la réalité est transformée. Quand la poésie prend le dessus, chacun peut dépasser ses propres limites. Parabola est un rassemblement de haut-parleurs en quête de bonheurs à partager, un attroupement de rêveurs-éveillés qui prennent le théâtre comme une arme de construction massive !
Amélie Chamoux et Laurent Eyraud-Chaume.

jeudi 16 avril 2015

L'intimité politique de l'art

Cette article est paru en décembre dans la revue Kritiks que vous pouvez acheter ici ou  !

Quête d’unité
J’ai longtemps pensé que ma joie enfantine d’être sur scène, mon plaisir intime de la lecture et du savoir, et ma soif de militantisme, étaient des actes segmentés ou ne pouvant se croiser que partiellement, ponctuellement.
Dans les réunions militantes, les traits d’humours ne sont pas toujours bien vus et les références bibliographiques rarement bienvenues. J’ai été un militant du parti communiste durant une dizaine d’années et j’étais celui qui a lu le “manifeste” avant de prendre sa carte : un original. Cette organisation a pourtant été pour moi le berceau de nombreuses découvertes et la fête de l’Huma reste l’archétype d’une unité ponctuelle entre la poésie, le savoir et l’action.
Je n’ai jamais eu vraiment de place dans le “monde du théâtre”. Je n’ai pas fait de “grandes écoles” et je reste un fils d’agent EDF. Je me sens décalé, un peu analphabète ou plutôt parlant une langue étrangère. Avec le temps, j’arrive à faire bonne figure. Je n’en veux à personne. L’art dramatique est resté un espace sociologiquement clos. L’engagement politique y est rare et si de nombreuses compagnies se disent “engagées”, c’est souvent une posture qui ne se raccroche pas vraiment à une histoire de luttes concrètes. Et pour le dire en peu de mots, de nombreuses créations et la plupart des querelles qui agitent notre profession ne me touchent pas.
Je navigue depuis 15 ans d’une marge à l’autre, des arts de la rue aux spectacles jeunes publics, du théâtre itinérant aux arts de la parole. Au coeur même de ces projets, immenses et minuscules, affirmer un questionnement politique qui ne soit pas de façade semble souvent plus simple...N’est ce pas la marge qui tient le livre ?
Pour ma part, j’ai découvert à l’interstice de mes engagements une faille, comme une fêlure dans le système : les histoires.

Colère de classe
Nous sommes nombreux à savoir que la réalité de notre monde nous échappe. Nous sentons bien que pour sauver autant notre planète que notre part d’humanité, nous devons oeuvrer à de grands bouleversements, à des transformations révolutionnaires. Pourtant il y a autant dans le monde politique que dans celui de la création une sorte de répétition inouïe, une immobilité quasiment suicidaire. Elle est due à la grande difficulté du mouvement. Le vide amène le risque et souvent la précarité. Les schémas semblent se reproduire sans fin : batailles électorales et luttes de pouvoir, réputation et carrière, héritage et consanguinité.
Les classes populaires sont invisibles. Les “sans dents”, comme notre président les nomme, n’ont pas d’histoire, pas d’existence réelle, au yeux de la société et pour eux mêmes. Quand ils sont représentés à l’écran, ou plus rarement sur scène, l’histoire est tragique (et sans issue) ou ils apparaissent en une comédie caricaturale et exotique. Ceux qui tiennent le stylo ou la caméra ne vivent pas dans les mêmes quartiers et ceux qui financent ne souhaitent pas d’histoires trop complexes.
Je sais mon propos trop abrupte. La classe sociale d’un artiste ne suffit pas à résumer une oeuvre et il y a de très nombreux contre-exemples d’un art qui travaille un imaginaire d’émancipation. Le monde de la création reste pourtant un espace “fermé”. Cette fermeture, d’une classe “noble” qui porte les arts, s’accompagne d’une séparation institutionnelle des professionnels et des amateurs, et des ministères qui les “représente”. Celle-ci est ancrée dans les esprits comme une forme naturelle et ancestrale du rapport qu’entretient l’art et la société. Aux artistes la création, aux amateurs l’animation. Les ateliers peintures, danses ou théâtres apprennent la “reproduction” de l’oeuvre. Combien de compagnies amateurs singeant le théâtre classique ou vaudevillesque ? Les créateurs, eux, travaillent à une “démarche”, une “recherche” et dialoguent avec leurs “pairs”. Chacun à sa place et pendant ce temps là...la terre et notre humanité peuvent mourir.
Alors qu’il suffit parfois d’un presque rien, une étincelle, pour que le mouvement des mots libérés oeuvre à ré-enchanter le monde, le bouleverser. Apprendre à créer et à réfléchir ensemble est souvent plus urgent que d’apprendre une technique artistique, fût-ce t'elle ancestrale ou exigeante. Ces divisions ont anesthésié la potentialité transformatrice de l’art. A tous ceux qui souhaitent révolutionner le monde et leur existence la création doit (re)devenir plus qu’un outil, une arme de construction massive !

Histoires du réel
Ce qui m’a transformé, m’a poussé à agir, n’est pas un tract, une analyse concrète de la situation, c’est la manière dont on m’a raconté une “Histoire” : celle des petits, celle qui se raconte aux interstices, par contagion… Comme on se passait une cassette de rap français, copiée et recopiée de mains en mains. J’ai entendu un jour un vieux militant raconter comment Ambroise Croizat, sous l’occupation, sur un coin de table dans un bar à Paris, écrit les prémices de ce qui deviendra la sécurité sociale. J’ai en moi l’image précise d’une table de bar, d’un stylo, d’une discussion entre militant sur le futur à-venir alors que chaque heure est une victoire contre la mort. Je me suis raconté mon histoire. Comme un enfant construit des châteaux, échafaude des contes… Je me suis bricolé un imaginaire à partir de ma famille, de mes rencontres... J’ai découvert en creusant que le futur est toujours “déjà-là”. Comme les résistants tenaient une bougie allumée avant que vienne le grand brasier de la libération, aujourd’hui une myriade d’alternatives cherche à faire contre système, luttant contre leur invisibilité. Il semblerait que certains ont une fâcheuse tendance à recouvrir ce déjà-là d’une montagne de banalités, de vide, de divertissements… L’imaginaire qu’on nous propose nous diverti d’un futur déjà-là à portée de regard. Il n’y a pas vraiment de place pour le hasard, une lutte se joue dans les histoires que l’on se raconte, ou pas.

Eux et nous
Mes 2 mondes intérieurs, celui de la création et le milieu militant ont en commun ce positionnement simple : il y a eux et nous. Nous les “sachants” allons orienter le public vers la vérité, les électeurs vers la bonne solution. C’est un piège qui se referme discrètement sur nous : la séparation. A partir d’une bulle dorée, elle va de soit et s’accompagne souvent d’un mépris de classe hors norme. Mais elle s’offre à tous, et l’on en vient aussi à nier nos proximités de classes et à refuser les solutions collectives, bien plus complexes à mettre en oeuvre. Le cynisme et le pessimisme aidant, un dédain s’installe comme un mur invisible. Pourtant si le monde, tel qu’il est, injuste et tragique,  peut être géré, et raconté, par un petit nombre, le monde de demain, fraternel et poétique, sera comme un puzzle dont chacun a une pièce. On sait par exemple, qu’il n’y aura pas de solution écologique sans un partage des richesses, dans une réinvention de l’égalité et du collectif. Le monde des arts, les mouvements politiques, et plus globalement la société dans son ensemble, semblent comme tétanisés dans des logiques de concurrences et de survies, qui s’appuient sur un a priori de séparation.

Consensus du commun
Si l’on travaille souvent avec des lycées professionnels ou des jeunes en insertion par soucis de solidarité ou par bonne conscience, on s’aperçoit finalement qu’on a pas grand chose à apporter si ce n’est du temps pour l’imaginaire et la réflexion, et quelques techniques  (l’imaginaire est comme un muscle à exercer). Nous oeuvrons aussi au plaisir partagé de la transgression, à la jubilation du rire et de l’écoute. Si le théâtre peut (et doit) ouvrir des dissensus qui nous obligent au conflit et à la controverse. Les ateliers de créations sont dans un premier temps une découverte du commun et de sa diversité. être debout face à une classe qui ne l’a pas toujours souhaité. Trouver les mots hésitants qui permettent à chacun de jouer le jeu. Voir venir des corps, des mots, des rires. Apprendre chaque prénom, veiller à retenir les détails pour faire vivre des relations. Regarder dans les réactions de chacun comment on s’aime dans la fragilité, dans l’hésitation. L’autre est absolument différent mais nous avons une histoire commune d’humanité : nos joies, nos peurs, nos colères... Comme une première marche d’action collective, la scène porte déjà un mini-antidote à l’individu roi qui gouverne le monde du haut de sa montagne de solitude. Viennent ensuite les questions simples et vertigineuses : qu’allons-nous faire sur scène ? qu’allons-nous raconter ? pourquoi ? comment ?
Les jeunes, qui à mon sens sont déjà des adultes, ont des réponses, des milliers de réponses. Il suffit d’écouter, de prendre le temps. J’ai lu des écrits bouleversants, vu des présences scéniques hors normes, des traits d’humours radicaux, des émotions vives... dans des salles de classes minuscules. J’ai vu des enfants s’ouvrir à la beauté, des ados pleurer...J’ai senti ce futur déjà-là dans leurs coeurs et je vois bien que ma place est ici, que c’est un acte politique, poélitique ! Pour qui pense à demain, il n’y a pas d’autre issue que de nous y mettre tous. Reconstruire un imaginaire collectif, qui ne soit pas kidnappé par quelques uns, nous oblige à faire de chacun un créateur, un artisan oeuvrier de sa propre vie.

Démons de la gauche
J’ai participé à des dizaines de réunions du “secteur culturel”, notamment au PCF. Il n’y a pas d’organisation plus attachée à la défense du monde de la création. Toute son Histoire est tendue vers l’importance des arts et du savoir. La “bataille du livre” d’Elsa Triolet, les paroles de Jaurès, les poèmes des résistants, les communistes portent cet héritage français issu des Lumières. Ils sont aussi les héritiers de l’Est, de la verticalité, de l’art et du savoir au “garde à vous”. Ce siècle tragique fut pour eux comme une descente aux enfers qui mène des “dadaïstes” au “réalisme socialiste”. Le PCF, et une grande partie de la gauche, garde de cette histoire une peur de toute instrumentalisation du secteur de la création. Chaque intervention de responsables nationaux commence invariablement par un hymne à la liberté des créateurs. Quand on connaît les pressions du marché (pour un art rentable et lisse) et celles d’une droite réactionnaire (qui n’hésite plus à pousser à l’interdiction de spectacles ou d’expositions), la liberté de création est un préalable à toute politique culturelle. Cet argument a également poussé à cette même séparation qui fait du “créateur” un “intouchable”. Le seul dialogue entre les élus et les artistes consiste en une négociation “donnant-donnant” de mécanismes de subventions. Le lieu, le festival, la compagnie travaille à “l’image” de la ville, du département, de la région en échange de quoi il crée libéré de toutes contraintes. Certains pensent que cette situation est la preuve d’une démocratie qui fonctionne mais c’est un jeu de dupe. La liberté est ici une illusion. Les artistes sont contraints par cette relation, par la place du marché, du taux de rentabilité des productions, par la concurrence, contraints aussi par leur histoire personnelle, contraints par leur précarité...Les élus détournent le regard, expliquent qu’ils ne censurent rien. Ils laissent faire le marché et les boites de production mais ne censurent rien. Ils ont les yeux rivés sur le taux de remplissage mais ne censurent rien. Ils mettent en concurrence les territoires mais ne censurent rien. Tous les élus ne se ressemblent pas. Certains accompagnent, écoutent, épaulent, oeuvrent aux synergies mais trop souvent les élus de “gauche” ne se différencient que sur le montant alloué à la culture alors que si l’on souhaite être radical il faut prendre les choses à la racine. Il faut donner aux artistes la place simple et utile qui leur revient au coeur de la cité. Il faut lutter avec eux à faire fuir ces démons du marché, du taux de satisfactions, et de la précarité. Ces démons hantent à présent les imaginaires car ils imposent l’uniformisation du goût et des saveurs. L’Histoire du mouvement communiste est tragique et cette peur de l’intervention dans le domaine artistique n’est que l’épiphénomène d’une complexité plus large.

Raconter des histoires
Avec mon alter-ego Amélie Chamoux, nous cherchons un chemin pour être au monde sur scène et tenir cette place. On écoute, on vole des histoires, on fait des collages, on raconte…On tente à petits pas, d’apporter une pierre à ce déjà-là. Sans véritable feuille de route, on dissèque un sujet jusqu’à épuisement. On cherche dans nos vies où sont les échos du mouvement du monde, ses contradictions, ses failles. On part à la rencontre des acteurs du réel, à 2 pas de chez nous. On fouille en archéologue, on note en sociologue, on cogite en philosophe, on rigole en clown. On ne voit pas le chemin au début du voyage. On se dit simplement que les valeurs que l’on porte et les techniques utilisées ne devraient pas trop nous éloigner du monde. Chaque création est toujours un mélange infini de doutes et d’enthousiasmes. Un spectacle est un moment immense et minuscule. Nous nous appliquons à trouver les mots justes, les couleurs, les sons… Nous souhaitons faire des temps de la représentation des rencontres d’humains à égalité. Nous nous attachons à l’idée de raconter la vie sans fard et dans un mouvement de transformation… un mouvement qui existe bel et bien dans le réel. Chaque personnage est pris dans ses contradictions, ses forces et ses défauts. C’est le mouvement de la réalité, au travail au coeur de nos histoires, qui transforme les personnages et leur donne la force d’agir. Nous avons choisi de raconter des histoires, de conter, pour milles et une raisons. L’une des plus centrales est sans doute cette humilité de la relation au public qui dit simplement : “nous faisons parti du monde comme vous, nous allons nous raconter des histoires.” Nous tentons de faire de ce choix plus qu’une posture ou un choix “technique” : une volonté d’unir la forme et le fond. C’est aussi lutter contre cette séparation en racontant le monde sans avoir le but précis, et didactique, de délivrer une vérité ou de “changer” les gens. Si nous assumons sans gène une vocation d’éducation populaire en décortiquant des sujets, en les rendant lisible, nous le faisons à partir du coeur de la société. Tout le monde pourrait le faire, c’est simplement notre rôle social.

Vivre cent vies
J’aurai aimé être journaliste, historien ou président. Demain peut-être. Raconter des histoires me semble une tâche bien plus complexe. Être sur scène et écrire oblige à révéler ses failles, ses monstres. Écrire pour tous oblige à l’écoute, à l’empathie. Je voulais vivre 100 vies. Ne pas choisir. J’aurai été avant-centre à l’OM, chanteur de rock, paysan, voyageur...J’aurai eu des grandes responsabilités pour sauver la planète et les peuples en dangers. J’aurai été avocat, député, reporter à Gaza. Et le lendemain, j’aurai choisi la fête et les nuits sans fin.
Le théâtre a choisi de m’offrir 100 vies, immenses et minuscules. En attendant le jour de la représentation, je respire ma ruralie et je colporte l’envie de l’imagination et du savoir.

Laurent Eyraud-Chaume
Septembre 2014.  

vendredi 13 juin 2014

Créer

À rebrousse poil des destinées
un matin, prendre un chemin
le trouver beau et escarpé
créer

prendre les mots
comme un sac de billes
au début, ne pas trop réfléchir
laisser aller le plaisir

prendre les rires
comme un carburant
cabotiner et recommencer
respirer en public

À rebrousse poil des destinées
grimper, descendre, se reposer
une draille sans fin
créer

prendre les silences
comme on offre un échange
ciseler les mots
pour ne pas se tromper

prendre les souvenirs,
les siens et ceux du voisin
ne pas gommer les endroits où ça frotte
ne pas oublier les rires du quotidien

À rebrousse poil des destinées
marcher semble parfois inutile
et pourtant...
créer

prendre les colères, les révoltes
comme un outil pour déplacer la terre
écouter le futur caché dans le présent
entre les rythmes stupides des pulsations modernes

prendre les rêves enfouis
les visibles aussi
les faire chanter
comme une semaine de 4 jeudis

À rebrousse poil des destinées
pas rentable, pas vendable
pas prévu au programme
créer

au bord de premières inattendues
comme un enfant
je joue

vendredi 4 avril 2014

Le tour du Verdon, d'un tour à l'autre...


J'ai eu la chance de raconter l'Héritage chez l'habitant pour une tournée du Verdon du 20 au 30 mars. C'est une expérience humaine hors norme. Dans ce bout de France, on croise la terre entière : des profs amoureux des mots dits, des paysans qui libèrent leur salon après avoir "fait" le cochon, des militants de terrain, des voyageurs, des jeunes en quête de futurs, des moins jeunes qui décident de s'impliquer pour la première fois aux municipales... Après chaque représentation, on mange ensemble. Certains dans l'urgence ont commandé des pizzas, d'autres arrivent avec des cagettes de fromages de chèvre, des quiches de toutes sortes, des chips, du saucisson... et des bouteilles de rouge ! C'est le  plancher des chèvres" ( http://leplancherdeschevres.fr/ ) qui nous accueille, une association portée par des bénévoles et des salariés, portée surtout par un idéal simple : un art au cœur du monde.

La France des villages n'est pas triste ou renfermée. Elle est comme celle des villes : traversée de peurs et d'espoirs, de joies et de colères. Ce qui change ici, c'est simplement la proximité. Cette proximité est comme un outil pour ceux qui ne se contentent pas du monde tel qu'il est. Ici chaque acte a des conséquences tangibles. D'un village à l'autre, je découvre que chacun est au courant des enjeux des différentes communes, chacun a son avis sur la question. L'élection municipale est comme le révélateur de ce qui se joue ici au quotidien. Il y a une soif de politique. Comment maîtriser les flux touristiques ? Comment agir sur le prix du foncier ? Comment faire tomber les barons locaux qui mettent des caméras de vidéo-surveillance dans des rues souvent désertes ?

Chaque soir, je refais le monde avec des gens différents. L'hospitalité est aussi dans les dialogues et les récits. Il y a une grande conscience que ce monde est absurde, que la loi de l'argent roi devra cesser. Chacun cherche un chemin, parfois avec une naïveté touchante, parfois avec une conscience joyeuse. Le théâtre ouvre au dialogue, à la confidence... Il permet aussi, simplement, de sortir de chez soi (dans tous les sens du terme) et de rencontrer son voisin dans une autre situation.

Entre une quête de bonheurs simples et une action militante de tous les instants, beaucoup ne choisissent pas et n'imaginent pas vivre l'un sans l'autre... Je rêve d'un mouvement politique qui serait comme la ruralité engagée d'  aujourd'hui : ouvert sur le reste du monde et ancrée dans le quotidien. J'espère un mouvement de ceux qui refusent chaque matin de rentrer dans le   jeu morbide de la lutte de tous contre chacun, un mouvement qui transformerait une posture éthique en acte politique. Le théâtre par les villages me rassure sur le futur et m'invite à chercher mieux encore une radicalité au cœur du monde. Le chemin est long, mais vu d'ici, loin des jeux d'appareils et de la fièvre journalistique, il est aussi joyeux et calme. Comme si pas à pas un monde nouveau se réinventait. Il manque sans doute parfois de cohérence, d'articulation aux questions sociales du monde urbain, mais il est en marche et c'est un déjà-là précieux.

* Laurent Eyraud-Chaume


lundi 6 janvier 2014

dimanche 22 décembre 2013

Syrie !


Chut...
Chut...
écoute... écoute le silence.

Chut...
Chut...
écoute... écoute le silence.

C'est un drôle de bruit le silence. Un bruit sourd. Un bruit aveugle.
Le silence d'ici crée un vacarme là-bas.
Nos silences pantouflards deviennent des bruits de bottes...
ou l'inverse
Nos actualités bruyantes, continues et vides font le silence sur leurs vies

Chut...
Chut...
écoute...écoute le silence.
Pour le briser, ici, on marche sur la neige...
il y aura des rires le 25 décembre
on ouvrira une ou 2 bouteilles le 1er Janvier
ça fera pschittt

ça fera pschittt...

Si un cousin lance le débat
On dira "Oh tout ça...c'est compliqué..."
Iran, Irak, Palestine
"Tout ça ...c'est vieux comme le monde"
Egypte, quatar, Lybie
On dira "c'est le pouvoir, tout ça c'est l'Homme !"
Chiite, sunnite, salafiste
"C'est comme ça depuis la nuit des temps !"

Une tante dira "on va tout de même pas parler politique aujourd'hui?"

Et on laissera le silence s'installer, dans le vacarme de nos vies.

Allez Syrie, oui c'est ça Syrie...
Tu entends ce bruit étrange, quand tu Syrie !
C'est l'antidote premier, le seul vrai point commun.
Il y a comme un bruit intérieur quand on Syrie.
Tu peux passer des frontières, changer de langue,
C'est la même respiration, c'est le premier pas vers la Paix.
Quand tu Syrie, ça ouvre ton âme et du même coup ton cerveau
Et tu dis...c'est compliqué...et Alors ?

Toi et ton voisin c'est simple ?
D'une vallée à l'autre, depuis toujours, c'est simple ?
Allemand, Français, c'est pas un peu compliqué ?
En Afrique du Sud, l'Apartheid,
En Amérique, l'esclavage...

Ils se sont tous Syrie, il a bien fallu faire la Paix...
Car pour avancer, l'homme choisi toujours la vie face à la mort,
L'écoute face à la bêtise,
L'échange face aux murs identitaires.

C'est compliqué mais c'est comme ça depuis la nuit des temps.

L'homme Syrie à l'Homme, il finit par faire la Paix.
Pas une paix tomber du ciel, pas une paix de l'oubli.
Non, il lutte, fait du bruit, ouvre son cerveau, casse le silence ronronnant des repas de familles.
Il parle, c'est compliqué, il lutte, prend les armes de l'intelligence, de la justice et du dialogue !

Chut...
Chut...
écoute...c'est le silence !
Là-bas pour le briser, peurs contre pleurs,
Bombes, balles, salves de Kalachnikovs,
Gazs, incendies...
Peurs contre pleurs, le silence brisés par les coups de bâtons,
Par les cris,  briser par les corps violés, silence écrasé par la mort qui hurle à Dieu des questions sans réponses...


Chut...
Chut...
écoute... écoute le silence.

Tu vois ça c'est notre silence. A nous de savoir comment le briser pour que là-bas
Ils puissent se reposer, sous le calme d'un soleil d'hiver.

Allez Syrie...Oui c'est ça Syrie....tu vois il y a comme un bruit intérieur...
Quand tu Syrie, tu sens en toi qu'il n'y a qu'un monde...
D'abord on Syrie et ensuite on se parle, on avoue que c'est compliqué.
Mais comme il n'y a qu'un monde...il va bien falloir vivre avec nos voisins,
Les comprendre...Alors le silence recule un peu, laisse place, aux mots, aux combats de paix
Laisse place aux musiques métissés, aux danses, dabkés endiablés...
Quand tu Syrie au monde...tu changes...tout change...

Chut...
Chut...
écoute....c'est le bruit d'un Syrire !

(texte écrit et lu, au nom du Pas de l'oiseau dans le cadre de la soirée du Mouvement de la Paix en faveur des enfants Syriens, à Veynes, le 21 décembre 2013)

lundi 16 décembre 2013

Entretien à fréquence Mistral (liban, coopérative...)


J'ai rencontré la radio fréquence mistral et j'ai pu leur parler du Liban et du travail de notre compagnie.
C'est en podcast ici : http://fm.gap.free.fr/ ou là : http://fm.gap.free.fr/Emissions/Journal/Jrl20131128%20-%20Retour%20du%20Liban.mp3

Bonne écoute à vous !

samedi 30 janvier 2010

lundi 16 juin 2008

enfantin

enfanter
enfantin
rire
sourire
lacher prise
être là
pas le choix
et ceux
des autres
rire
faire rire
demain
classe théâtre
j'ai toujours
peur
d'avoir
perdu
la
recette
à blague

dimanche 9 décembre 2007

Zorro



Citoyens du Royaume de France,

C'est avec un plaisir non dissimulé que je viendrai dés le 8 décembre affronter sur votre territoire le Capitaine Ramon et le Gouverneur Vasquez.

Ces terribles méchants tremblent sans doute déjà.... Ils savent que rencontrer le renard masqué dévoile leur bêtise (qui est sans limite) et ridiculise leur pouvoir (tout à coup si petit) !

Vous n'êtes pas sans savoir que je viens pour défendre les Indiens et les pauvres et je sais que votre Royaume, comme le mien, n'en manquent pas.

J'ai ouïe dire que les petits français aiment Tornado, mon fidèle destrier. Dites-leur bien qu'il est toujours à mes côtés.

Ne doutant pas de l'issue de ma lutte, le rire est une arme bien plus forte que tous les soldats du monde, je serais heureux, après ce combat, de prendre quelques jours de repos pour parcourir le pays des droits de l'Homme, rencontrer les Français et surtout les Françaises...

Espérant croiser votre chemin et vous conter mes aventures,

votre fidèle,

Zorro.

dimanche 11 novembre 2007

jeux de dames


éditorial de la lettre d'infos de la cie du pas de l'oiseau...en primeur sur le blog.


Dans la compagnie, nous philosophons beaucoup sur « quoi faire aujourd'hui? Quelles formes artistiques pour dire notre humanité ? »...etc....etc...Pour cacher mon affligeante impuissance, je me donne de l'importance sur le thème de « notre responsabilité d'artiste ». Il faut l'avouer depuis mai, je ne sais plus par quel bout prendre la nouvelle situation.

Les filles avaient cette idée de lecture-spectacle sur la condition féminine. J'écoutais d'une oreille fraternelle mais un peu distraite. Amélie passait des journée entières dans cette histoire de luttes et Françoise cherchait avec gourmandise des témoignages et des chansons. Elles ne participent pas trop aux grands débats sur le sens du monde qui m'agite sans cesse...humbles et discrètes.

En quelques semaines ce fut près. Jean-Pierre a mis de l'huile dans les rouages et l'air de rien je me suis retrouvé spectateur d'une première du pas de l'oiseau...

Pour les 25 ans du C.I.D.F.F. des Hautes-Alpes, un public nombreux et issu de multiples horizons est réuni. Les premiers rires fusent. Puis le silence est rempli d'une attention studieuse. Chaque mot est écouté, entendu. Les chansons, plus que des respirations, sont des clins d'oeil de connivence. La salle fredonne Froufrou. Le silence est à présent rempli d'une émotion bouleversante. L'histoire et les témoignages racontent notre mémoire commune, ou plus exactement nous la révèle comme une lumière qui aurait cesser de faire danser nos vies. L'amour, enfin possible, entre une femme et un homme bientôt libres de toutes les dominations, est brandi comme un nouvel horizon d'une lutte fraternelle. La salle applaudi, longuement. Je chavire.

En « artisanes » des arts et des idées, Amélie et Françoise nous offrent un moment de partage, un outil d'éducation populaire, un bijou d'humour et de poésie. Et pour moi, une leçon : il faut tenir patiemment et humblement nos positions, dire et redire nos repères et nos valeurs.

Laurent Eyraud

mardi 3 juillet 2007

Sur le pont d'A...

Edito de la lettre d'info du pas de l'oiseau

Sur le pont d'A...

La compagnie Le Pas de l'oiseau est heureuse de présenter « Ceux d'entre Nous » au Festival Off d’Avignon au théâtre de la Rotonde chez nos amis cheminots.

Cette « Mémoire des résistances » n'est pas perdue à deux pas de l'avenue Pierre Sémard, résistant et syndicaliste.


Les mots résonnent d'une sonorité particulière

Quand les Hommes qui cherchent le Sud n'ont pas perdu le Nord,
Quand les mots des anciens se mélangent aux rires d'aujourd'hui,
Quand ceux d'entre nous savent que leurs résistances individuelles

Contre toutes les dominations
Sont des symboles de courage pour tous ceux qui auront à résister.

Le travail qui nous attend paraît joyeux
Quand nous savons rire de nos répétitives défaites
Qui ouvrent jour après jour des espaces de dignité à envahir.
Alors la mémoire est source d'espoir, nous n'avons pas peur.

Bienvenue à tous ceux que nous allons croiser cet été,
dans notre théâtre aux témoignages,
si la farce est cruelle, la réalité, elle, est bien pire.


Nous voici sur le pont avec ceux d'entre nous...


Laurent Eyraud