lundi 8 juin 2015

Retour sur la première édition de Parabola



Nous ne savons pas comment vient une alchimie. On connaît les ingrédients mais le moment où tout bascule reste secret. La magie de ce premier Parabola tient sans doute au bonheur d’être ensemble réunit autour d’idées simples : la parole libre, la créativité de chacun, la beauté de la poésie.

Tout commence par une année de rencontres : les ateliers de la MJC, le stage Parabola (ou l’on doit aller droit au but même si on est jamais monté sur scène) et la première formation BAPAAT de Veynes avec option théâtre (portée par le Greta). Notre envie depuis des années de dépasser le “ronron” des spectacles de fin d’année et d’accueillir les créations des ateliers comme un spectacle professionnel.
Ensuite, nous avons inventé ce premier Parabola en sachant que le savoir, la poésie et la joie sont faits pour cohabiter, que nous sommes tous capables de creuser un sujet, d’y réfléchir, d’y rêver et d’en rire. Cette année, le fil rouge de la parole a résonné du mercredi au Vendredi.
Jeudi, “l’apéro-slam” a réuni les âges autour d’un désir d’expression si bien que nous étions gênés de devoir écourter ce moment qui aurait pu durer une nuit. Les jeunes du collège et la bibliothèque avaient mijoté ensuite un Kamishibaï touchant et porté par cette envie de dire le quotidien et de dénoncer tous les préjugés. C’est devant un public nombreux et autour d’une soirée joyeuse que Rachid Bouali nous a raconté sa découverte du théâtre : “Un jour j’irai à Vancouver”. Ce spectacle plein d’humour est un hymne à l’éducation populaire, une fable du quotidien aux sources du désir de théâtre. Nous étions simplement heureux d’avoir fait découvrir cette création à Veynes et les regards au moment de se quitter étaient comme un remerciement.
Le vendredi fut la journée du premier “Cabaret des Haut-Parleurs”. Nous ne savions pas vraiment où nous amenait cette folie, ce pari fou : réunir 37 élèves de 7 à 65 ans avec une seule répétition commune d’à peine 2 heures. La soirée fut comme une aparté dans le quotidien de chacun. Une salle pleine comme un oeuf, plus de 200 personnes, des familles, des jeunes, des vieux, un public mélangé venu parfois de loin, ont accueillis cette troupe d’un soir par de l’attention, des rires et des applaudissements sans fin. Cette création passait du collage au spectacle. D’une scène à l’autre, comme des échos d’une société traversée par le désir de dire, de nommer, de dénoncer et d’être ensemble, les mots montraient une unité qui nous dépassait amplement. Comme un fil rouge que nous n’avions pas anticipé.

D’un repas partagé au petit mot qu’on se glisse discrètement, de l’appui solide et créatif de l’Olivier à la bienveillance de chaque instant de Cécilia, des mélodies sur mesure de Marionèle à la présence fidèle d’un enfant, d’un spectateur : cette année, cette semaine, cette soirée, nous dévoile la naissance d’une famille autour des valeurs du Pas de l’oiseau.
Nous ne sommes pas peu fiers !
à tout de suite,

Amélie Chamoux et Laurent Eyraud-Chaume

mardi 26 mai 2015

Aider notre venue à Avignon 2015 !

Bonjour,
Notre « théâtre poétique d’utilité publique » pose ses valises à avignon pour un mois. Nous y jouerons une vingtaine de fois la coopérative et 5 fois l’héritage au théâtre de la Bourse du Travail.
Nous organiserons 3 débats autour du théâtre, du monde du travail, de l’économie sociale et des coopératives (programme à venir). Nous souhaitons en effet porter haut et fort ce sujet de démocratie dans l’entreprise. Car tout comme Jean Vilar, nous croyons que le théâtre, que les festivals font avancer les idées.
Cette venue a un coût, vous vous en doutez. Même si notre travail rencontre de multiples résonances, nous n’entrons pas vraiment dans les cases et aucun riche mécène ne s’est encore signalé.
En fait, nous n’avons que vous…
Vous, qui suivez notre travail. Vous, qui avez partagé un héritage ou découvert notre coopérative. Vous, qui participez à nos ateliers. Vous, qui nous accueillez aux 4 coins de la France dans votre asso ou votre théâtre.
Vous, qui pensez que le théâtre est une part d’humanité et qu’il faut le faire vivre.
Vous, qui défendez cette idée simple que la poésie a sa place dans la construction d’un monde simplement humain.
Nous lançons donc une collecte pour nous permettre de réaliser cet Avignon 2015 dans de bonnes conditions. Merci par avance de votre participation. N’hésitez pas à faire suivre ce message…les petits ruisseaux font les grandes révolutions !
Vous pouvez également venir nous voir à Avignon ce sera notre plus beau cadeau !
Bon printemps à tous,
Amélie Chamoux et Laurent Eyraud-Chaume
ps : le lien pour la collecte est ici… ou là


Avignon Off 2015
Théâtre de la Bourse du Travail CGT

La coopérative
du 4 au 26 juillet à 11h
(relâches les 13 et 20)
L’héritage
les 13 et 20 Juillet à 11h
24, 25 et 26 Juillet à 14h
réservations : 06 77 75 49 31

lundi 25 mai 2015

Parabola (du 27 au 29 mai 2015)

La compagnie Le pas de l’oiseau est heureuse de proposer cette première édition de Parabola, la fureur de dire. Quand les mots se libèrent, la réalité est transformée. Quand la poésie prend le dessus, chacun peut dépasser ses propres limites. Parabola est un rassemblement de haut-parleurs en quête de bonheurs à partager, un attroupement de rêveurs-éveillés qui prennent le théâtre comme une arme de construction massive !
Amélie Chamoux et Laurent Eyraud-Chaume.

Cannes, épicentre des extrêmes


Soirées VIP, acteurs bankables, entertainment tout puissant, obscénité de l'argent coulant à flot : à Cannes, semble-t-il, seul le tapis est rouge.
Le cinéma est une industrie du divertissement et de l'imaginaire. Le long glissement vers une domination sans faille des producteurs sur les réalisateurs se conforte chaque année. Cette emprise a un impact certain sur les contenus, sur le dénouement des histoires et les thèmes des productions. Cet empire est politique dans sa fondation même. L'imaginaire est l'espace par essence de la lutte des classes. Les films catastrophes, guerriers ou de science fiction suscitent un sentiment d'instabilité permanente, un désir d'ordre et de sécurité. Le récit de la vie des stars cloue l'émancipation sur le mur des "génies" purs et de vies intimes à convoiter...
La France a cette curieuse exception d'être au cœur de cet empire sans être jamais sous sa totale emprise. La fondation du festival de Cannes doit beaucoup à la CGT et au PCF. Le CNC, l'intermittence et les multiples mécanismes de solidarité maintiennent une production indépendante et puissante. Sa diffusion, qui profite de la caisse de résonance du festival, est ample et structurée. Les films français, ou co-produits par des fonds français, sont souvent un antidote sensible à la machine hollywoodienne. Les réalisateurs de ce cinéma indépendant ne limitent pas leur champ de création et, chaque année, ils sont nombreux à investir des sujets sociaux ou politiques. À Cannes, il y a la terre entière, le récit de notre monde qui tombe et des mots qui aident à vivre debout.
Le cinéma et tous les arts vivants sont comme les conteurs de notre mondialité. Ils nous aident à donner sens à cette complexité sans fin, de l'intime et du commun. Cannes pourrait redevenir cet espace de dialogue poélitique mondial si strass et paillettes, argent et médiocrité cessaient de dominer les flux médiatiques. Redonnons la parole aux créateurs, provoquons des rencontres entre artistes, militants, intellectuels... L'art est un fait social. L'imaginaire a sa place dans la construction du réel.
Au cœur de ces enjeux, qu'apportent les déclarations de Manuel Valls ? S'il est effectivement grand temps de ré-augmenter le budget de la culture, où sont les priorités politiques : développement des marchés ou émancipation humaine ? Alors que partout en France, festivals et théâtres paient le prix fort des baisses de dotation aux collectivités, qui croira qu'une campagne de communication cannoise suffit à inverser la courbe de cette disparition lente d'une exception culturelle enviée dans le monde entier ?


lundi 20 avril 2015

Le mouvement et l'alternative(

(éditorial de cerises du 3 avril 2015)

Quand on s'intéresse avec un peu d'espoir et d'enthousiasme aux expériences des gauches sud-américaines, à Syriza en Grèce, on constate que le mouvement ne vient pas de la création d'un nouveau "parti" ou d'une "coalition élargie", mais bien de l'inverse. C'est le mouvement qui, à un moment, invente sa structure.

J'ai eu la chance de vivre le scrutin départemental dans un petit pays (Veynes, 05) où, pas à pas, les mailles de la solidarité, de l'action et de l'alternative se retissent. Notre candidature tirait sa force en partie d'une union d'organisations (FdG/EELV), mais surtout d'une légitimité locale du groupe de citoyens (avec ou sans carte) qui portaient cette campagne. Nous sentons à chaque scrutin, de manière assez subjective, que nous sommes au cœur d'une démarche neuve qui prend corps avec nous et qui nous dépasse. Dans nos 21,5 %, il y a un peu de connivence de "classe", une bonne dose de "reconnaissance" de nos multiples engagements de terrain mais aussi un métissage "culturel" autour de la cohérence d'une idée.
La gauche a énormément souffert de sa professionnalisation et des murs qui semblent infranchissables entre le social, le syndical et le politique. Et si elle n'est pas patiemment démontée, la représentation médiatique de ce constat est un facteur aggravant sur le terrain. Pour changer la vision du réel, contre le storytelling des pouvoirs en place, il faut d'abord agir sur le réel, s'y ancrer. Nous sommes arrivés au bout d'un processus qui multiplie les incantations pour transformer le réel. Les abstentionnistes nous disent à leur façon que la comédie a assez duré. Ce sont les luttes, les résistances, les alternatives écologiques, sociales et artistiques qui font mouvement pour transformer la réalité. Ce mouvement peut être candidat à des élections (et si possible les gagner) mais celles-ci doivent rester une part d'une démarche globale. Nous sommes au début, mais nous sommes nombreux à oeuvrer.
À entendre les discours de dirigeants du Front de Gauche, on se demande parfois où réside leur rapport au réel. Entre les 2 tours, le PCF mène campagne pour battre la droite en votant PS presque comme si de rien n'était. Le soir du 2e tour, Jean-Luc Mélenchon lance un appel solennel (et légitime) à "une nouvelle alliance populaire", transformant même, 2 jours après sur RTL, cette proposition en « condition pour qu'(il) continue le combat ». Outre la personnalisation du propos, il ne fait quasiment aucune référence aux rassemblements déjà à l'oeuvre sur les territoires.
Expérimentons localement des convergences militantes, citoyennes pour faire émerger un mouvement global. Rendez-vous le 11 avril avec les Chantiers d'espoir ?